Conseil d’Administration : les élu.e.s étudiant.e.s se heurtent à un mur d’indifférence



 

Le jeudi 18 octobre, les 30 membres du Conseil d’Administration se sont réuni.e.s au sein de cette instance décisionnelle. Les procès-verbaux de ce conseil sont accessibles sur la plateforme internet de SPL, mais nous décidons après chaque CA de vous livrer notre propre compte-rendu. Il nous permet de vous expliciter nos décisions de vote, de vous donner notre avis sur les conseils, mais aussi de compléter des procès-verbaux souvent insuffisants, voire faux à certains moments clés (absences des interventions et mauvaise comptabilisation des votes des élu.e.s).

 

Annonce : Sciences Po Lille cherche son futur ou sa future directeur.ice, déjà illégitime !

 

Nous avons voté contre le calendrier électoral qui prévoit le jour de l’élection fixé au 19 janvier 2019, du prochain ou de la prochaine directeur.ice. C’est en effet un non-sens démocratique : celui ou celle-ci sera élu.e par les personnalités extérieures actuelles (Patrick Kanner, Louis Dreyfus, Audrey Linkenheld, Gérald Darmanin, Agathe Doublet, Alexandre Lallet) qui finiront leur mandat en février. Nous proposions donc d’attendre le renouvellement de ces 6 membres, pour pouvoir ensuite élire le ou la succeur.se de Benoît Lengaigne. Les personnalités actuelles, élues par le CA de l’année 2015-2016 sur proposition de Benoît Lengaigne, se rangeront probablement du côté du candidat ou de la candidate “favori.te” de ce dernier. Par ailleurs, n’ayant pas été élu.e.s par le Conseil d’Administration, qui viendra d’être intégralement renouvelé fin décembre, ces personnalités, si elles élisent le.a directeur.ice, ne reflèteront pas les opinions de ces tou.te.s nouveaux.elles membres.

 

La section disciplinaire pour sanctionner les blagues sexistes; les honneurs pour récompenser les pratiques néo-colonialistes

 

Après avoir décidé de saisir la section disciplinaire pour des blagues sur le viol dans un groupe Facebook d’étudiant.e.s de Sciences Po Lille, le nouveau Président de cette section, M. Aymeric Potteau, professeur des universités en droit public, a été élu par les enseignant.e.s – chercheur.euse.s. M. Lengaigne déclare pouvoir ainsi véritablement la saisir auprès du Président durant la semaine du 22 octobre 2018.

C’est une des premières applications institutionnelles de la Charte égalité de genres depuis qu’elle a été signée l’année dernière. Nous rappelons toutefois que cette section est censée exister depuis 2015, après l’”affaire du ch’tit bizuth”, et qu’elle était composée des élu.e.s de cette époque. Autant dire que personne n’en a jamais vu la couleur, et qu’elle n’a même pas été saisie concernant le ch’tit bizuth: par non-connaissance des responsables selon F. Benchendikh mais surtout parce que le président de la section disciplinaire (M. Lascombe) n’a pas jugé le cas assez grave.

Nous en avons profité pour souligner une condamnation arbitraire des comportements oppressifs de certain.e.s étudiant.e.s. Si il est encourageant de voir le directeur pointer du doigt la banalisation du viol sur les réseaux, nous ne comprenons pas le choix d’avoir nommé ambassadeur de master en 2016 et référent de promotion en 2017, un étudiant condamné en 2015 à 6 mois de prisons avec sursis et à 750 dollars d’amende pour insulte au peuple cambodgien. Il avait en effet été surpris en train de se photographier nu dans le temple d’Angkor, centre religieux hindouiste et bouddhiste, au nom d’une certaine “liberté de la fesse” (rituel corporatiste qui consiste à se photographier fesses nues devant un paysage/monument).

Pas peu fière de cet acte de bravoure et de LA liberté d’expression à la française, Sciences Po Lille a affiché sans rougir plusieurs illustrations de la “liberté de la fesse” au troisième étage. Rappelons que le Cambodge a été colonisé pendant 90 ans par l’Empire français et que cette domination persiste par des pratiques néo-colonialistes économiques (exemple de l’entreprise Bolloré accusée d’avoir spolié de sa terre une communauté locale cambodgienne) mais aussi culturelles. Ne pas respecter délibérément un lieu sacré d’une population anciennement colonisée par son propre pays; c’est du néo-colonialisme, inconscient peut-être, mais ostensiblement immonde. Face à la dénonciation de cette pratique par notre élue, le directeur n’a pas remis en cause l’attitude de Sciences Po Lille vis-à-vis de sa participation à la “starification” de cet étudiant. Et la réputation de l’école alors ?!  Devinez-quoi : en Asie du Sud-Est on s’en fiche un peu.

 

Le Conseil d’Administration à Sciences Po Lille : un grand moment de (non)- démocratie

 

Nous avons finalement été entendu.e.s sur l’urgence de la situation du système de notation. Ce système d’entre-deux qui donnait des notes en lettre aux étudiant.e.s, pour ensuite les traduire en chiffre sur le bulletin fut un désastre pour l’année 2017-2018. Une grande source de stress aussi pour une cinquantaine d’étudiant.e.s en 2ème année qui se sont retrouvé.e.s avec des F (donc des 0) en science politique et en économie sur leurs dossiers. La suppression des articles 2.16-3 et 2.16-4 du règlement des examens qui stipulent “l’obtention de la note 0 à la première session impose obligatoirement de passer l’épreuve concernée en session de rattrapage” et “l’obtention de la note 0 en session de rattrapage interdit le passage en année supérieure ou la délivrance du diplôme” a donc été votée unanimement. Benoît Lengaigne nous a aussi assuré que les notes chiffrées des étudiant.e.s en 2ème année seront finalement traduites en lettres.

Outre cet échange fructueux entre nous et la direction, nous avions le sentiment de nous adresser à un mur la plupart du temps. Alors que nous avons passé presque 2h30 sur des sujets comme l’intégration du concours Réseau Sciences Po dans Parcoursup ou sur la stratégie com’ de l’IEP pour trouver une nouvelle direction, nos revendications ainsi que celles de Up! et Paliens engagés sont arrivées en bout de course dans les “Questions diverses et informations”. Nous étions en situation de majorité dans la salle puisque plusieurs élu.e.s des enseignant.e.s, membres de droit et personnalités extérieures étaient déjà parti.e.s avant la fin de la séance, ne se sentant peut-être pas concerné.e.s par nos problématiques.

Comme nous l’avons expliqué dans notre article sur le pré-CA (http://www.sudetudiantlille.org/2018/10/iep-pre-ca-du-11-octobre-2018-benoit-lengaigne-revient-et-refuse-plusieurs-de-nos-propositions/), il était important pour nous que le directeur nomme un.e référent.e de la Charte égalité avant son départ. Pourtant soutenu.e.s par Elise Julien, Benoît Lengaigne n’a rien voulu entendre et nous laisse ainsi nous débrouiller avec le ou la prochain.e directeur.ice.

Nous avons ensuite abordé le problème des imprimantes : un nouveau système payant a été adopté pour minimiser les coûts d’entretien. Or, les 500 copies gratuites sont insuffisantes pour une année universitaire. De plus le système informatique des imprimantes est souvent défaillant et paralyse les étudiant.e.s. Les élu.e.s étudiant.e.s des 3 listes étaient d’accord pour mettre fin à cette situation, nous avons donc réclamé un vote pour le retour au système gratuit. M. Lengaigne nous répond “qu’il serait irresponsable de faire voter cela maintenant” et qu’on ne vote pas sur des “Questions diverses” (FAUX : nous avions obtenu l’augmentation du remboursement du TOEFL pour les boursier.ère.s en 2017 sur les questions diverses par un vote). Reconnaissons tout de même une oreille un plus attentive quand nous parlons des prix trop élevés à la cafet, mais nous n’avons pas les garanties que notre demande aboutira.

Pour rappel, sur 30 votant.e.s au Conseil d’Administration, les élu.e.s étudiantes ne sont que 9. Nous sommes donc loin d’être représentatif.ve.s et l’école ne peut se targuer d’être démocratique lorsqu’elle donne aussi peu de poids aux étudiant.e.s. Cette sous-représentativité est symptomatique de la vision paternaliste que pose l’administration sur ses étudiant.e.s. Et lorsque nous choisissons de ne pas avoir peur de défendre les étudiant.e.s et de ne pas nous cantonner aux rôles d’assujetti.e.s qu’on veut nous donner, nous ne sommes pas écouté.e.s.

Si nous tentons le rapport de force avec l’administration, comme il nous l’est souvent reproché, ce n’est pas par orgueil mal placé. Nous sommes profondément scandalisé.e.s par la façon dont notre parole n’est pas respectée et infantilisée. S’il faut gueuler pour se faire entendre, et bien nous persisterons dans cette démarche.

 

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