Compte rendu du CA du 18 janvier 2021


 

Un Conseil d’Administration exceptionnel s’est tenu le 18 janvier 2021, et a permis d’introduire les nouveaux-elles élu-e-s sur des thématiques importantes. L’ordre du jour était partagé entre la discussion sur le projet d’Établissement Public Expérimental (EPE) tenu par l’union des universités de Lille, de l’IEP, de l’ENSAPL et de l’ESJ, la signature du contrat de site entre l’Etat et l’IEP, et enfin, un état des lieux sur la situation sanitaire actuelle et ses conséquences sur la vie de l’école.

 

Axe I – L’EPE, un projet qui ouvre la porte à une libéralisation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche 

 

L’Etablissement Public Expérimental est un projet tenu par les différentes écoles lilloises depuis la labellisation sur une durée de 4 ans en 2017. Nous avons déjà traité de ce sujet dans diverses publications, et il s’agissait aujourd’hui de voter une motion pour permettre au Président de l’Université de Lille de proposer une version révisée du projet qui nous avait été communiqué. 

Solidaires Etudiant-e-s s’est depuis le début opposé à ce projet-ci, qui ouvre la porte à une trop grande libéralisation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), et un désinvestissement de l’Etat. Cette libéralisation s’illustre notamment sous le label d’I-SITE, qui place les écoles sous un signe d’excellence, sous un biais privé. Cette notion d’excellence en vient à éloigner les préoccupations étudiantes, et surtout une quelconque forme de démocratie participative ; entre la sous-représentation des étudiant-e-s dans les Conseils, aux alentours de 5 à 15%, et la nomination plutôt que l’élection de vice-président-e-s étudiant-e-s délégué-e-s (en charge des questions étudiantes au côté d’un-e vice-président-e élu-e, iels représentent la communauté étudiante de l’Université de Lille et aident le président à établir les ordres du jour), auxquelles s’ajoutent un problème clair de parité dans l’équipe présidentielle de l’EPE qui n’exige qu’un minimum de 30% dans la répartition hommes-femmes. 

Plusieurs professeur-e-s et membres du personnel administratif ont exprimé leur volonté de voir le projet amendé pour davantage correspondre à des logiques politiques d’intégration, ce à quoi nous sommes opposé-e-s. La question de la centralisation trop importante du projet a également été abordée. Le problème posé par l’école Centrale Lille a notamment été soulevé par les différent-e-s intervenant-e-s, qui a souhaité se lier sous un statut associatif plutôt qu’intégrationniste à l’EPE ; mettant en péril la demande de labellisation I-SITE, c’est surtout un choix de désengagement vis-à-vis de l’ingénierie lilloise qui est considérée comme pas assez mature par Centrale qui a été acté en CA. D’autres écoles pourraient alors suivre la même voie, celle de l’associatif, qui permet de garder une part plus importante d’autonomie. 

L’article 66 est celui qui a posé le plus de débats, et qui a incité le vote de la motion de la formation d’un projet amendé ;  cet article consacre la révision des statuts de l’Établissement, une révision bien trop centralisée dans les mains du président et du conseil d’administration. C’est ainsi dans ce cadre que la motion de révision du projet d’EPE a été votée ; nous avons pris la décision de nous abstenir, ne souhaitant pas poursuivre ce projet dans l’absolu car ne correspondant pas à nos idées d’association des différentes écoles consacrant une démocratie étudiante. Cependant, dans le cadre où ce projet sera adopté, il nous est apparu important de préserver la possibilité de proposer des amendements du projet sur de nombreux points que l’on vous joint en annexe de ce CR, qui est le mail que nous avons envoyé à M. Peyrat. Nous avons également formulé la demande d’un référendum étudiant afin de permettre à toustes de s’exprimer sur ce sujet d’un EPE qui les concerne et les implique, la demande sera donc mise au vote plus tard. M. Xavier Vandendriessche, référent déontologie, a conclu sur le fait qu’aujourd’hui, la question primordiale est celle de savoir si les différentes écoles sont prêtes à intégrer l’EPE ; nous pensons que la question primordiale, est surtout de savoir si cet EPE est prêt à intégrer en son sein les étudiant-e-s, leurs intérêts et leurs problématiques.

 

Axe II – Un contrat de site qui ne sert pas les étudiant-e-s

 

Par la suite, il a été question de voter le contrat de site qui lie l’IEP à l’Etat ; il s’agit d’un contrat quinquennal qui aurait dû être voté durant l’été dernier, et qui fut finalement repoussé au 18/01 à cause de la situation sanitaire. C’est un contrat qui engage l’Etat à verser de l’argent à l’établissement, et en contrepartie, l’école s’engage à respecter un certain nombre d’objectifs. Il nous est cependant vite apparu que ce contrat ne favorise pas les étudiant-e-s, et consacre des projets qui vont dans le sens d’une libéralisation de l’enseignement en dépensant cet argent public dans des biens ne servant qu’à l’image de l’école. Nous pensons notamment au projet d’EPE traité juste avant qui est compris dans le contrat, mais également la validation du rachat d’un bâtiment destiné à des formations privées et des conférences professionnelles, constituant donc un faible intérêt pour les étudiant-e-s. De plus, ce contrat conserve les frais d’inscriptions à l’école, qui sont bien trop élevés et qui ne participent pas à la démocratisation de l’IEP ; dans la même idée, l’objectif qui établit un taux d’étudiant-e-s boursièr-e-s ne dépassant pas les 30% ne nous apparaît pas comme assez ambitieux, et nous estimons donc que ce contrat n’en présente pas assez pour les étudiant-e-s. Le contrat de site doit permettre de soutenir l’accès aux formations continues de l’école à des coûts très élevés, et nous ne pensons pas que c’est un investissement qui doit surpasser l’ouverture de l’IEP aux étudiant-e-s boursièr-e-s, voire exister. 

C’est pour cela que nous avons voté contre la signature de ce contrat de site, car les objectifs qu’il pose ne vont que dans le sens d’un IEP éloigné de ses étudiant-e-s. 

 

Axe III – Etat des lieux sur la situation sanitaire et la suite des études à l’IEP

 

Enfin, le CA s’est conclu sur un bilan et des annonces sur la suite des études dans un contexte de crise sanitaire. Le mail que nous avons reçu jeudi 22/01 sur les dates éventuelles de la reprise des enseignements nous a notamment été annoncé sans son contenu exact. Pierre Mathiot a alors rappelé que leur objectif principal est d’assurer une année qui se passe dans les meilleures conditions possibles ; il a conclu sur les bonnes nouvelles qui arrivaient, notamment l’ouverture du premier étage de la bibliothèque le 15 février. Nous attendons cependant de l’administration une communication plus claire et surtout plus rapide sur la suite des événements. Les étudiant-e-s ont très souvent un loyer à payer, des dépenses à fournir chaque semaine, et un flou comme celui-ci ne doit pas perdurer. Il est également important de souligner la détresse psychologique à laquelle nous faisons toutes et tous face aujourd’hui. Et si nous comprenons que l’administration pas plus que les étudiant-e-s ont les réponses sur l’évolution de la pandémie et des mesures gouvernementales, nous attendons et demandons des mesures concrètes permettant de rassurer les élèves sur leur année afin que le contexte ne pénalise personne.

 

 


 

ANNEXE: PROPOSITIONS VIS À VIS DU PLAN 2 DE L’EPE, NOS AMENDEMENTS

 

Nous nous opposons fondamentalement aux principes qui motivent actuellement la fusion administrative sous forme d’EPE : la course à des classements à la méthodologie fondamentalement défaillante et le chantage aux subventions mené par l’Etat, avec notamment la labellisation i-site.

 

Toutefois, nous sommes particulièrement favorables à un rapprochement qui soit fondé sur les intérêts de l’enseignement et des usager-e-s de l’université et des écoles membres. En ce sens, nous vous présentons deux axes contenant 9 points d’amélioration concrète qui nous semblent essentiels à l’établissement d’un tel projet. Sans la mise en place de ces garanties, nous nous verrions contraint-e-s de penser le projet inapte à respecter l’intérêt des usager-e-s. 

 

I – Nous demandons une prise en compte sérieuse des intérêts étudiants

 

1.

Un Conseil d’Administration “fédéral” qui ne contient que 5 représentant-e-s étudiant-e-s sur 40/42 n’est pas dans le champ de l’admissible. Un Conseil d’Administration qui prend en compte les intérêts étudiants ne peut comporter moins de 30% de représentant-e-s étudiant-e-s, soit en l’occurrence 12 représentant-e-s sur 40.

 

2.

Aussi, les CA de composantes (correspondant donc aux actuels conseils de facultés) étaient composés fort asymétriquement, avec 50 à 70% de professeur-e-s, mais seulement 15 à 20% d’étudiant-e-s. Les composantes devraient pouvoir avoir un seuil de représentation étudiante comparable à celui que nous demandons pour le CA “fédéral”, c’est-à-dire 30%.

 

3.

Le Conseil de la Vie étudiante devrait garantir un siège à chaque établissement-composante, et par conséquent comprendre un nombre de sièges suffisant pour garantir la proportionnalité entre les différentes composantes et établissements-composantes. Cela signifierait, dans l’éventualité fictive – pour exemple – où seules sciences po lille et l’université fusionneraient, 38 représentant-e-s, dont 37 pour l’université et un-e pour sciences po. Cette mesure fait simplement écho aux inquiétudes de nos camarades de l’université (se faire absorber par les écoles) tout comme aux nôtres (ne pas se faire représenter), et constitue un moyen de les concilier. Si ce conseil a son importance, il ne serait pas enviable qu’il traite toute la vie étudiante de manière centrale, et nous y préférons d’une part une décentralisation de la gouvernance des questions étudiantes, d’autre part une augmentation de la représentation étudiante au CA de l’EPE.

 

4.

Le Conseil d’orientation stratégique défini à l’article 32 dans le premier projet nous inquiète dans la mesure où il n’a aucun pied dans les structures démocratiques de l’EPE et où le CA n’envoie pas de membres pouvant assister à ses réunions. Pour éviter la constitution d’une instance parfaitement étrangère aux besoins des usager-e-s, nous demandons à l’inclusion de membres des différents collèges du CA dans ce conseil.

 

5.

Enfin, un projet de fusion d’établissements, pour être justifié démocratiquement, devrait être soutenu par une adhésion populaire, et par conséquent être soumis au référendum. Une motion avait d’ailleurs été votée en ce sens le 16 novembre au Conseil de Faculté de l’ex-Lille 2, ce besoin d’un référendum est donc partagé à l’Université.

 

II – Nous demandons l’établissement d’un certain nombre de garanties démocratiques qui puissent assurer que l’intérêt des usager-e-s prime sur les intérêts extérieurs et l’ingérence politique :

 

6.

La parité doit être garantie dans les institutions, par nomination comme par élection, contrairement au premier projet d’EPE qui ne faisait qu’interdire moins de 30% de représentation d’un genre.

 

7.

Les représentant-e-s des collectivités territoriales doivent impérativement être exclu-e-s du CA, et la présence des représentant-e-s des EPST, ou du moins leur pouvoir de vote, doit être questionnée

 

8.

Une garantie explicite doit être inclue dans le projet concernant l’impossibilité de cumul de mandats. En effet, même si l’Article 42 5° du premier projet interdisait d’être “éligible dans plus d’un conseil de composante.”, nous pensons qu’il y a un flou concernant les nominations (et non les élections), notamment celle des personnalités extérieures des conseils de composantes. Nous craignions que des président-e-s de composantes ou établissements-composantes puissent être nommé-e-s comme personnalités extérieures d’autres composantes. Pour éviter toute confusion, nous demandons à ce que soit expressément interdit d’être une personnalité extérieure d’un conseil de composante ET membre d’un autre conseil de composante, d’établissement-composante, ou du CA.

 

9.

Enfin, pour éviter tout chèque en blanc pour un plan d’austérité, nous demandons à la suppression pure et simple toute procédure similaire à celle de l’Article 3 6° c. du premier projet : les budgets des établissements-composantes ne doivent pas pouvoir être unilatéralement diminués lorsqu’un désaccord est présent, et encore moins pour un “défaut de soutenabilité”, qui pourrait tout à fait s’inscrire dans une dynamique d’austérité financière et de marchandisation de l’enseignement.

 

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