Le blocage : une aubaine pour les études !


Un point de vue universitaire sur le blocage des universités.

Quand des étudiants décident de bloquer leur université, on entend souvent dire que « les blocages empêchent les étudiants d’étudier », avec toutes les conséquences catastrophiques que cela peut avoir sur la suite des études. Assertion pour le moins étonnante pour quiconque sait ce que signifie étudier à l’université.

Le fait est que, quand il y a blocage, il n’y a plus cours. Des étudiants ont alors peur de prendre « du retard ». Mais du retard par rapport à qui ? Pas à leurs collègues de l’université, puisqu’elle est alors bloquée pour tout le monde(*). On pourrait objecter que cela induit un décalage par rapport aux étudiants d’autres universités où les cours continuent. Mais qui, en période « normale », se soucie de savoir quel programme est effectivement effectué dans une autre université ?

Concernant le sacro-saint ’programme’, certains ont peur que les semaines sans cours les mettent en retard sur le programme. Mais quel programme ? S’il s’agit du programme officiel, le décalage avec le programme fait en cours est une constante, et ce ne sont pas quelques semaines qui y changeront quoi que ce soit. D’ailleurs le programme – supposé ou effectivement fait – n’apparaît nulle part sur un diplôme. De plus les examens universitaires sont faits et corrigés par les enseignants qui font le cours (contrairement aux concours de la fonction publique ou au baccalauréat par exemple), et le seul programme sur lequel on peut tester l’étudiant, c’est ce qui a été effectivement fait en cours. Ainsi le blocage n’a rien de dramatique pour la poursuite des études. On peut aller plus loin et se rendre compte que, pour qui a compris le sens des études universitaires, les blocages sont une aubaine. En effet un étudiant standard a toujours un temps de retard par rapport au cours. Un temps sans cours est un temps -toujours trop rare dans une année « normale »- où l’étudiant peut rattraper son retard et mettre à jour les connaissances qu’il est censé avoir acquises (et peut-être pour une fois les connaissances réelles de l’étudiant seront au niveau du fameux programme officiel…). On dira qu’on en aura moins vu. D’une part ceci n’est pas vraiment important, il vaut mieux en savoir peu et bien que beaucoup et très mal – ce qui est d’ailleurs le principal problème des étudiants, car dans cette optique on se retrouve vite bloqué dans ses études, et certainement plus que par trois chaises empilées.

D’autre part rien n’empêche d’aller au-delà de ce qui a été vu – y a-t-il beaucoup de programmes de cours jusqu’au niveau master qui ne soient pas standards et qu’on ne trouve pas partout, si on se donne la peine d’effectuer un minimum de recherches – ce qui devrait être un réflexe de base quand on rentre à l’université ? Existe-t-il des cours sans bibliographie ? Au-delà du niveau master, il n’y a nullement besoin de se rendre à l’université pour travailler… Cela ne signifie nullement que les cours soient inutiles ! Mais dire que l’absence de cours empêche de travailler est une escroquerie ! Le problème qu’auront certains est qu’il est souvent difficile de comprendre seul. Mais le temps libre généré par le blocage (**) peut justement permettre de rencontrer d’autres étudiants et de confronter ses connaissances, ce qui est la façon la plus riche d’apprendre. Car le but de l’université est de former des chercheurs, et on attend donc de l’étudiant une autonomie dans l’apprentissage. Les blocages entraînent un arrêt du fonctionnement de l’université, mais pour en conclure qu’ils entraînent un arrêt du travail des étudiants, il ne faut avoir rien compris aux études universitaires. Les étudiants qui se retrouvent paralysés par l’absence de cours et qui ont besoin qu’un `prof’ leur dise systématiquement quoi faire n’ont peut-être pas choisi la bonne voie. On devrait leur conseiller de s’orienter vers des voies où on `réussit’ quand on fait exactement ce qu’on nous demande d’une façon appliquée.

(*) A contrario, au cours de l’année « normale », il y a une inégalité flagrante entre ceux qui peuvent assister aux cours et ceux qui ne le peuvent pas toujours – les étudiants obligés de travailler à coté de leurs études par exemple. Remarquons que cette inégalité est justement souvent dénoncée par les bloqueurs. D’ailleurs l’arrêt du fonctionnement de l’université permet à l’étudiant d’avoir aussi du temps pour s’intéresser à l’actualité sociale, en particulier celle de l’université, puisque celle-ci semble tenir tellement à coeur des anti-bloqueurs. (**) On entend souvent que les bloqueurs bloquent car ça serait des fainéants qui trouvent un prétexte pour ne plus aller en cours. Or un blocage nécessite de passer la journée entière à l’université, plusieurs jours de suite, dès 7h30 le matin voire moins. Beaucoup d’étudiants peuvent-ils se vanter d’une telle présence à l’université ? Un enseignant-chercheur à l’université

Publié par comité de lutte Aix http://comitedelutteaix.blogspot.co...

 

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