Grandes écoles, laissons les mourir !


La conférence des grandes écoles (CGE), association qui regroupe des vraies comme de fausses grandes écoles s’est déclarée opposée à la volonté gouvernementale d’imposer un quotas de 30% d’étudiants boursiers au sein des grandes écoles. On ignore si le gouvernement parlait des vraies grandes écoles (au sens de l’arrêté du 27 aout 1992 qui les définis comme des établissements publics d’enseignement supérieur qui recrute ses élèves par concours et assure des formations de haut niveau) mais la réaction de la CGE éclaire bien sur la philosophie générale des grandes écoles, former une petite élite et surtout s’assurer que la nouvelle génération dominante est majoritairement issue de la classe dominante ultérieure.

Il n’est bien sur une révélation pour personne que ces structures sont des outils de reproduction sociale extrêmement efficaces, mais ce qui est moins connu c’est qu’outre la sélection sociale ces structures ont des effets nocifs considérables sur l’enseignement supérieur et la société.

Les grandes écoles sont très largement coupées de la recherche et les dirigeants d’entreprises qui en sont issus n’ont en général eu aucun contact avec la recherche, contrairement a ce qui se fait de façon presque généralisée au sein de l’université, de ce fait ces dirigeants ne comprennent rien à la recherche et nous avons un pays où la recherche privée est quasiment inexistante ce qui bien sur est synonyme d’un investissement faible et ce n’est pas le crédit impôt recherche qui est en réalité un exonération d’impôts a peine déguisée qui vas changer les choses. En outre un enseignement coupé de la recherche a vite tendance a devenir très dogmatique et risque fort d’être en grande partie basée sur des certitudes erronées.

Les grandes écoles de par la faible diversité d’origine des étudiants par leurs caractéristiques inhérentes conduisent à un monoculture idéologique.

L’enseignement supérieur français est caractérisé par une spécificité par la juxtaposition de 2 systèmes d’enseignement supérieur, un pour la classe dominante et un pour la classe dominée.

Ailleurs dans le monde il n’y a pas en général de système d’enseignement supérieur ségrégationniste, il y a ceux qui accèdent à l’université et ceux qui n’y accèdent pas.

De par l’héritage de notre histoire et par la volonté de la classe dominante de maintenir son système de reproduction sociale ce système aux multiples défauts se perpétue malgré des critiques qui viennent même parfois des personnels de ces grandes écoles.

Il y a bien sur l’absence de couplage enseignement/recherche qui est préjudiciable aussi bien à l’enseignement qu’a la recherche mais ce n’est pas tout.

Puisque ces 2 systèmes sont en concurrence pour l’attraction des étudiants les plus socialement favorisés, le système sélectif a capté les plus favorisés et l’image de l’université malgré ses qualités objectives s’est vu associée a la médiocrité alors même que c’est le lieu de formation de l’élite intellectuelle. Dans cette situation l’université c’est aussi trouvée privée des soutiens politiques naturels dont elle bénéficie dans les autres pays.

De ce fait s’est constitué un terreau propice pour le développement en dehors de l’université d’un enseignement supérieur de qualité inférieure obéissant aux mécanismes de marché, une image flatteuse, un enseignement au mieux équivalent a celui de l’université (leurs enseignants en sont souvent issus), des frais de scolarité souvent assez élevés et une sélection plus ou moins fictive, c’est la galaxie des écoles privées dont la qualité est très variable et qui pour la plupart tentent d’être assimilées dans l’esprit des clients aux véritables grandes écoles.

L’université se faisant voler les étudiants qui devraient y aboutir dans une situation normale ont été contraintes pour réduire l’ampleur du phénomène de créer des écoles internes ou rattachées qui fournissent un enseignement un peu différent de celui des formations générales qui ont certes un niveau meilleur que la galaxie des écoles mais qui reproduisent beaucoup des comportements des écoles privées.

De ce fait les formation générales de l’université, qui ne cherchent pas a soutirer l’argent des étudiants ou de reproduire une élite mais juste a faire honnêtement leur travail d’enseignement et de recherche se trouvent contre sélectionnées. Alors même qu’elles sont les plus a même de former intelligemment la société dans son ensemble. Et au sein même de l’université on consacre plus d’énergie a améliorer les écoles internes ou rattachées que les formations générales ce qui n’aide bien sur pas a leur succès.

Cette logique de concurrence stérile, cette course au « produit » le plus séduisant pour le « client » est bien sur extrêmement destructrice pour ces formations générales qui sont l’essence même de l’enseignement supérieur. Bien sur la situation est devenue beaucoup plus sensible avec le développement relativement récent de cette galaxie des écoles entre l’université et les vraies grandes écoles mais elle n’a fait que complexifier une situation précédemment déjà problématique.

Si la classe politique n’étaient pas en grande partie issue de ce système a bout de souffle des grande écoles il y a bien longtemps que l’unification indispensable de l’enseignement supérieur aurait eue lieu

En effet la seule solution viable c’est le rassemblement de tout l’enseignement supérieur au sein de l’université et au sein de formations générales. Mais pour cela il faudrait du courage politique…

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