Les inacceptables statuts de la CommUE Lille – Nord de France, Épisode 2


C’était en avril : nous avions publié un billet commentant la version « 0 » des statuts de la CommUE – Lille Nord de France. Zéro, c’était à peu près la note que, avec notre subjectivité classique, nous leur avions attribué. Les « grands de ce monde », enfin de cette région (les présidents des 6 universités et directeurs d’établissements membres et leurs conseillers), après avoir parfois consulté les CA des établissements ou des commissions ad hoc, ont diffusé une 2ème copie, qui sera sans doute « à prendre ou à laisser » (document reçu par les élu-e-s au CA de Lille 3).

Et le résultat est le même : ces statuts sont toujours aussi inacceptables. De base, le processus de création des « CommUEs » (Communautés d’Universités et d’Établissements) est contestable. Il s’agit de « regrouper » tous les établissements au sein de super-structures à grande échelle dans le double objectif d’apparaître dans d’obscurs classements internationaux et de faire des économies sur le dos des étudiant-e-s et des personnels. Les « mutualisations » et « rationalisations » de l’offre de formations impliqueront notamment une mobilité forcée des étudiant-e-s et des personnels.

On nous avait promis un regroupement « recentré » sur les établissements publics… et ce ne sera pas le cas. En effet, les 12 membres de la CommUE seront les 6 universités (Lille 1, 2, 3, Artois, Valenciennes, Littoral), Centrale-Lille, l’École des Mines de Douai, 3 organismes de recherche (le CNRS, l’INSERM et l’INRIA)… et la « Catho » qui répond au doux nom de Fédération Universitaire Polytechnique de Lille. La « Catho » aura un pouvoir égal à celui des établissements publics. Sandrine Rousseau, vice-présidente enseignement supérieur EELV de la région et voix de son maître, nous avait prévenu : « nous ne voulons pas nous couper des milieux économiques qui soutiennent la Catho » (CA de Lille 3 du 27 juin 2014).

Si les personnels et les étudiant-e-s de la « Catho » rencontrent souvent les mêmes problèmes que leurs pairs dans le public, l’appartenance de la « Catho » à un établissement public (la CommUE) remet clairement en cause le caractère laïc de l’enseignement supérieur public d’autant que cette situation est spécifique à la région Nord-Pas-de-Calais. À noter que, dans certaines disciplines, certain-e-s étudiant-e-s pourraient se voir contraint-e-s d’effectuer une partie de leur formation à la « Catho » (avec les frais d’inscription que cela implique) si celle-ci participe à la « coordination de l’offre de formation » (les statuts ne sont pas clairs sur ce point).

Si les conseils de la CommUE sont élus au suffrage direct (alors que l’UNEF a bataillé corps et âme pour un suffrage indirect qui lui est plus favorable), ces conseils restent sans pouvoir (un minimum de 2 réunions par an seulement et une grande soumission au Président et au « conseil des membres » de la CommUE). De plus, depuis la « V0 », la représentation étudiante a été nettement réduite : de 15 à 10 élu-e-s au Conseil Académique (avec toujours 7 élu-e-s au CA). À noter que la représentation des doctorant-e-s a, elle, augmenté, de 6 à 8 élu-e-s au Conseil Académique. Tout cela signifie qu’il y aura des élections, sans doute au premier semestre 2015, aux conseils de la CommUE.

À noter que, si le « Bureau », tant critiqué dans notre note d’avril, a disparu, c’est pour laisser plus de pouvoirs au Président et au Conseil des Membres (constitué d’un représentant de chaque établissement membre).

Enfin, une phrase a retenu notre attention : « Lors de la création de l’Université de Lille par voie de fusion des Universités Lille 1, Lille 2 et Lille 3, l’Université de Lille sera substituée de plein droit aux trois établissements. L’Université de Lille bénéficiera de trois voix pour sa représentation propre au sein du Conseil des membres de la Communauté. » Les président-e-s d’universités lilloises, qui ont déjà acté la fusion, semblent vouloir fusionner tout en gardant le privilège d’être 3 établissements. Une nouvelle preuve que ce qui est en jeu ici, ce n’est pas le « progrès social » pour les étudiant-e-s ou les personnels, mais tout simplement le « pouvoir ».

Retrouver ici la version finale des statuts dans leur intégralité.

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