« La démocratisation de Sciences Po Lille » Un écran de fumée nommé Pierre Mathiot


 

On le voit partout. On ne parle que de lui.  Et que dit-on ? Il serait la caution de gauche du gouvernement, celui qui aurait réussi le tour de force suivant : « démocratiser Sciences Po » grâce à son programme PEI.

Evidemment, nous avons voulu vérifier ce qu’il en était réellement. Nous avions déjà de sérieux doute quant la « démocratisation » de Sciences Po Lille. Nous avions d’ailleurs d’ores et déjà mis en évidence, grâce à notre enquête sociale publiée en novembre dernier, que le pourcentage de boursier à faible échelon étant prépondérant parmi les boursier.e.s.

Alors, après avoir demandé les chiffres à l’administration de Sciences Po Lille, le mythe s’écroule.
25% de boursier.e.s à Sciences Po Lille, là où l’Université en compte 40% ; une différence considérable.

Et les différences sociales s’accroissent encore lorsqu’on prend en compte la répartition entre les échelons de bourses. A l’Université, la majorité (54.7%) des boursier.e.s le sont à des échelons supérieur ou égal à 2.

A Sciences Po Lille, ce sont 66,6% des boursiers qui sont échelon 0bis ou 1 (contre 45.3% à l’Université). Donc non seulement il y a beaucoup moins de boursier.e.s à Sciences Po, mais en plus les boursier.e.s bénéficient d’échelons de bourses bien plus faibles qu’à l’Université.

L’écart est encore plus flagrant lorsqu’on étudie la situation des plus défavorisé.e.s. Il y a en effet au moins 3 fois plus de boursier.e.s échelons 7 à l’Université qu’à Sciences Po Lille. Le constat est sans appel, les classes les plus défavorisées sont de fait exclu.e.s de Sciences Po.

Et c’est donc Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, créateur du programme PEI, que l’on présente comme le chantre de la démocratisation ? En effet, PEI apporte des aménagements à la marge, mais ça n’est rien d’autre qu’un pansement sur une jambe de bois.  Nous pourrions mettre en place tous les dispositifs possibles, le problème n’est pas là : le problème c’est le concours, la sélection.

Et la sélection, c’est étrangement ce que le gouvernement avec lequel Pierre Mathiot travaille souhaite étendre au système universitaire… On peut donc d’avance anticiper que cette sélection sociale s’opèrera aussi et s’étendra à l’Université. Sélection partout, justice sociale nulle part ?

 

Source : Nombre de boursier.e.s de Sciences Po Lille : Sciences Po Lille.

Source : Nombre de boursier.e.s à l’Université : http://cache.media.education.gouv.fr/file/2017/97/6/depp-RERS-2017-maj-janv-2018_877976.pdf

 

Pierre Mathiot n’aurait pas dû valider sa premiere année !

 

Qu’est-ce qui expliquerait cette absence des boursier.e.s à haut échelon dans notre école ? Les enfants des classes populaires n’auraient pas de raison apparente de réussir moins bien les concours entend-on. Pourtant, cette affirmation est réfutable, et elle a d’ailleurs déjà reçu des éléments de réponse, par nos propres enseignant.e.s à Sciences Po Lille.

Nous nous souvenons d’un cours de 1ère année, le cours d’Introduction à la Sociologie. Dispensé devant un amphithéâtre plein, ou presque, dans le plus grand amphi ; l’amphi A. Peut-être que Pierre Mathiot aurait mieux fait d’y assister, de relire ses cours de première année avant de rédiger son rapport, ou bien lorsqu’il était encore directeur de Sciences Po.

Commençons par la troisième phrase du cours « La sociologie est née d’une réflexion sur l’école. »

On trouve un peu plus loin un exemple du constat fait sur l’école et qui amène directement une réflexion sociologique :

« Les inégalités sont liées à l’origine sociale, qui se créent dès l’école primaire. Par exemple les réponses aux tests de connaissance en 6ème montre un taux de réussite différents selon la profession des parents. Le redoublement est très différencié selon le milieu social.  Un autre exemple est celui-ci, on observe que 35% des ouvriers poursuivent des études supérieures contre 75% des enfants de cadres. »

Il semblerait qu’on ne soit pas très loin du sens de nos chiffres présentés plus haut. Dans la même partie du cours on en vient ensuite à l’explication. Pourquoi ce phénomène ?

« Le discriminant serait plutôt social que l’origine. Puisque l’école est indifférente aux différences, qui existent au départ, et donc qui sont renforcées.  L’école sert donc les intérêts de la classe dominante, avec le relayage du savoir être et savoir-faire, que doivent apprendre les « étrangers », alors que pour d’autres c’est naturel. Bourdieu.  L’école transforme ceux qui héritent en ceux qui méritent »

Et le cours continue:

« L’école légitimerait les inégalités sociales et inégalités des chances. Ce qui importe, c’est leur capital culturel : la classe dominante a le pouvoir d’imposer sa propre culture de classe comme culture légitime. L’école imposerait une culture de classe qui se présenterait comme la culture universelle. On valorise des qualités comme la maîtrise de la langue, des capacités d’abstraction, des cultures générales, qui ne sont pas acquises par l’école pour Bourdieu. Ce serait des qualités d’avantage transmis par la culture libre des individus. « Trop scolaire » : on respecte les règles mais pas compris le vrai sens de l’école. Le capital culturel est transmis par la socialisation familiale et permet de s’approprier le savoir transmis par l’école ; l’habitus social serait plus en adéquation avec l’habitus scolaire. »

La maitrise de la langue serait un critère de sélection sociale. Pourtant à Sciences Po Lille n’y aurait-il pas un petit oral et un grand oral comme critère d’évaluation des étudiant.e.s? Et à Sciences Po Paris, un oral intégré dans le concours, et désormais peut-être grâce à Pierre Mathiot, un oral au bac. Ce dernier a déjà rétorqué que cet oral sera préparé et il arrivera sans doute à nous expliquer comment diminuer les inégalités à moyen constant dans l’éducation nationale, car pour lui, il est vrai que s’entrainer à l’oral dans des classes de 37 élèves est chose aisée.

Mais continuons la lecture de son cours : « tous les individus ne seraient donc pas égaux. Les individus apprendraient à anticiper leur avenir en fonction de ce qui est probable pour eux. Les enfants de milieux scolaires, même s’ils réussissent, s’autocensureraient de certaines filières en jugeant que ce n’est pas pour eux. Ils n’ont pas été socialisés comme ça.  L’école sert les classes dominantes. La culture présentée comme légitime permet à des héritiers de transformer leurs avantages sociaux en avantages scolaires, et donc se légitimer eux-mêmes, alors que les autres s’auto-excluent.  L’école naturalise le social. »

« L’examen est donc une légitimation institutionnalisée, alors que les autres intègrent leur échec. La démocratisation de l’enseignement de serait qu’un leurre. »

Alors Pierre Mathiot, on a oublié les enseignements du bon Pierre Bourdieu ? Avec une copie comme celle rendu à Jean Michel Blanquer, Pierre Mathiot aurait retapé sa première année c’est sûr.

 

Il est donc l’heure de revoir sa copie, une seule solution : non à la sélection !

 

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