Commission Aides Sociales du 11 octobre : les étudiant.e.s précaires, une source de financement pour l’IEP


 

Jeudi 11 octobre se tenait la Commission Aides Sociales (CAS) tout comme la réunion pré-CA et la réunion avec M. Lengaigne sur la position politique de certain.e.s enseignant.e.s (article à venir). Autant dire que nos élu.e.s ont passé leur journée en réunion, et que la CAS a achevé de les épuiser.

C’est la première fois, à notre demande, que les

élu.e.s de la Commission reçoivent les dossiers et non un résumé simpliste de la situation des étudiant.e.s demandeur.se.s. M. Giuliana (responsable associatif) a dû faire « avec les moyens du bord » pour nous les envoyer alors que rien n’est prévu par la Commission et la Directrice générale des services pour que les dossiers soient envoyés.

Les conditions de défense des 45 dossiers n’étaient donc pas les meilleures, d’autant plus qu’il manquait certains documents, tels que les avis d’imposition : nous n’étions en possession que des lettres de motivation (parfois incomplètes) et le tableau de recettes-dépenses (parfois intégralement noirs)… Nous avons donc passé 7h entre le mercredi soir et le jeudi matin à étudier le plus en détail possible les dossiers. Si nous avons eu le temps de les étudier sérieusement, c’est parce que nous sommes nombreux.ses et organisé.e.s, pas sûr que les autres membres de la Commission aient, elles et eux, eu le temps.

Un autre problème sur lequel nous souhaiterions vous alerter : vous nous sollicitez peu. En effet, moins de 5 étudiant.e.s nous ont contacté.e.s pour que nous les aidions à monter leur dossier. Or, il est difficile de défendre des dossiers incomplets, ne respectant pas les « codes » attendus par la Directrice Générale d

es Services (DGS, préside la commission) ou Monsieur Benchendikh qui la remplaçait ce jour-là, voire des dossiers incohérents, si nous n’avons pas d’éléments venant des étudiant.e.s concerné.e.s. Même si vous pensez que votre dossier est nickel, contactez-nous pour que nous le relisions et que nous défendions plus efficacement votre demande.

 

La Commission en chiffres :

 

  • Comparaison avec la dernière CAS de mars 2018

A aucun moment nous n’avons obtenu formellement le montant du budget de la commission. Cependant, M. Giuliana nous a appris que le budget annuel était de 71 000 euros et q

 

ue 5000 euros avaient été dépensés à celle de mars dernier. 5 000 euros pour 38 dossiers soit une moyenne de 130 euros par étudiant.e.s.

Il nous restait donc environ 66 000 euros à distribuer pour cette seule commission d’octobre sur 45 demandes. Nous n’avons finalement réussi qu’à arracher 20 045 euros. Un progrès certain dans l’aide apportée aux étudiant.e.s au vue des 5000 euros dépensés en mars, mais qui reste largement insuffisant.

Ainsi, 37 étudiant.e.s ont reçu une aide de la commission, 10 étudiant.e.s se sont vu.e.s accorder le montant exact qu’ils et elles demandaient, 8 ont reçu plus.

27 étudiant.e.s ont reçu moins que demandé dont 8 qui n’ont rien reçu du tout. 12 personnes ont eu un retour personnalisé de Jean-Baptiste Giuliana, généralement pour leur proposer une solution de financement alternative, ou un suivi personnalisé de l’assistante sociale.

 

 

  • Montants moyens : demandes des étudiant.e.s, demandes du syndicat et montants réellement donnés

La moyenne du montant donné aux étudiant.e.s est de 426 euros, sachant que la moyenne des demandes était 886 euros, et que nous avions demandé en moyenne 950 euros. Les étudiant.e.s ont donc reçu deux fois moins que ce qu’ils et elles demandaient.

Nous demandions 44678 € de dépense totale (sur 66 000 donc), les étudiant-e-s demandaient elles et eux 42 217 € a minima. Si nous demandions une aide plus importante, c’est que nous considérions que leurs besoins étaient sous-évalués au vu des tableaux de recettes/dépenses fournis. En effet, lorsque certains avaient un budget de 60€ / mois pour manger, nous avons considéré que leur demande était insuffisante.

 

  • Profil des étudiant.e.s

Parmi les 45 étudiant.e.s demandant une aide financière, 22 sont soit salarié.e.s, soit envisagent de travailler mais ne peuvent pas (nationalité étrangère, nombre d’heures de cours, peur d’é

chouer scolairement) soit n’ont pas encore de contrat.

En moyenne, les étudiant.e.s déclarent avoir tous les mois 174 euros de « reste à vivre » qui contient généralement la nourriture, les dépenses de santé, les loisirs, etc. bref tout ce qui ne concerne ni le loyer ni le transport.

Les dépenses de loyer constituent la dépense principale dans le budget et sont très élevées : 412 euros / mois en moyenne.

 

Quels sont les problèmes que rencontrent les étudiant.e.s ?

  1. Le problème principal qui pousse les étudiant.e.s à demander une aide est celui de l’échelonnage dans les frais d’inscription et une nécessité de requalification de bourse due à un changement de situation dans les deux dernières années (les revenus sont pris en compte à partir de la situation de 2016). Plus simplement, cela veut dire que la situation réelle des étudiant.e.s ne correspond pas à celle du calcul des revenus et qu’ils touchent une bourse inférieure à celle qu’ils devraient toucher ou paient des frais d’inscription supérieurs à ceux qu’ils devraient payer. C’est donc la preuve que les frais d’inscription mettent directement en difficulté financière bon nombre d
    ’étudiant.e.s. de même que le retard de paiement des bourses. En effet, celles-ci tombent trop souvent avec une, deux semaines, voire un mois en retard. Ce qui peut sembler être un léger décalage dans un tableau pour le CROUS, a des conséquences directes sur les conditions de vie des étudiant.e.s.
  2. Les demandes des étudiant.e.s évoquent aussi : un endettement personnel ou des parents, l’indépendance financière forcée des étudiant.e.s et l’insuffisance des aides de mobilité (Erasmus, Mermoz, Lang etc.) pour faire face aux coûts imprévus à l’étranger.
  3. Un autre des problèmes qui ressort de la CAS est celui de l’accessibilité de l’assistance sociale. Mme Cramblin ne reçoit des étudiant.e.s que les lundis et mardis et gère tout l’ex-Lille 2 en plus de l’IEP : sa permanence est bondée, la queue s’étale devant sa porte dès 8h du matin. Un rendez-vous avec cette dernière est quasiment obligatoire pour les étudiant.e.s désirant déposer des dossiers de demandes d’aides sociales, que ce soit au niveau de l’IEP ou du CROUS. Elle permet, de plus, d’aider à la constitution de meilleurs dossiers, mais aussi d’orientation vers des bourses supplémentaires ou encore de réévaluer mes échelons de bourse CROUS. C’est pourquoi nous demandons à ce qu’une assistante sociale puisse être attachée à l’IEP, au moins à temps partiel, et qu’elle puisse y tenir des permanences.

 

Notre analyse : une commission sourde aux difficultés des étudiant.e.s

  • Un humanisme à géométrie variable

Si la direction et J-B Giuliana ont été très compréhensif.ve.s sur certains dossiers, cela n’a pas du tout été le cas sur d’autres. Pour exemple, selon François Benchendikh: « [les étudiant.e.s n’ont] qu’à pas choisir des études chères » au sujet des frais de scolarité élevés à l’étranger. Nous lui avons rappelé que ses collègues, notamment Patrick Mardellat, incitaient au contraire leurs étudiant.e.s à partir dans des universités payantes en 5ème année, à suivre des double cursus à l’étranger ou à choisir des universités prestigieuses aux frais d’inscription exorbitants lors de leur 3A. Allant même jusqu’à dire que « les études en Angleterre ne sont pas chères en Master » (coût moyen : 11 000 euros/ an pour les sciences sociales).

Par ailleurs, il a été décidé, concernant les étudiant.e.s à l’étranger qu’ils et elles allaient recevoir leurs bourses de mobilité (mais quand ?) et qu’il n’était pas nécessaire de les aider. Aucun.e étudiant.e à l’étranger bénéficiant d’une bourse de mobilité (Mermoz, Erasmus, Lang) n’a reçu un centime (même celles et ceux endetté.e.s à plus de 700 euros).

Nous souhaitons également dénoncer ici l’attitude de M.

Benchendikh qui s’est permis, sur un certain nombre de dossiers, de plaisanter et de faire des blagues sur les situations des étudiant.e.s. Evoquant ainsi par exemple des « jacuzzis », sous entendant que certain.e.s étudiant.e.s qui demandent de l’aide en CAS vivraient dans le luxe. Nous tenons à rappeler ici que cet humour relève d’un mépris de classe réel. Pour beaucoup d’étudiant.e.s, le fait même de recourir à la CAS n’est pas une chose évidente. A Sciences Po, comme dans le reste de la société, le recours aux aides sociales est marqué du sceau de la honte car se faire aider est vu comme une humiliation. Dans une institution comme la nôtre, où la violence symbolique est monnaie courante, il serait de bon augure de cesser de considérer que les étudiant.e.s demandent des aides par « confort » ou par plaisir. Même lorsque le dossier est maladroit ou ne correspond pas suffisamment à l’image de la « misère » que se fait la direction de Sciences Po Lille, il est toujours révélateur d’un mal être et des difficultés économiques et sociales des étudiant.e.s.

 

  • Des économies de bouts de chandelles : « tu es pauvre, prive-toi ! »

Les membres de la commission majoritaires ont décidé de faire des économies de quelques centaines voire dizaines d’euros sur des demandes présentant des situations d’endettement, auto-financement intégral des études, de salariat ou des profils parentaux en grandes difficultés financières ou de santé. A une de

mande de 400 euros, ont été accordés 300. Ces économies de bouts de chandelles sont d’autant plus révoltantes qu’on sait très bien que les étudiant.e.s ont tendance à s’auto-censurer proportionnellement à leur niveau de difficulté financière. Il a été donné moins que demandé à des étudiant.e.s déclarant manger pour 60 euros / mois ou cumulant deux jobs étudiants.

Concrètement, cela veut dire que l’IEP pousse des étudiant-e-

 

Il est important de préciser que les loisirs sont également un pan important de la vie des étudiant.e.s. Vivre ce n’est pas seulement étudier, manger, dormir et se soigner. Il ne s’agit pas de survivre. Or, pour réussir ses études (si l’on s’en tient à une vision très utilitaristes des choses), il est tout aussi important d’être intégré.e socialement et épanoui.e dans sa vie personnelle.

Le mal-être social des étudiant.e.s peut être cau

 

sé par un manque financier qui prive du moindre plaisir et cela se ressent d’autant plus à l’IEP où la plupart des étudiant.e.s ont suffisamment d’argent pour avoir accès à ces loisirs. Cette exclusion est une violence symbolique. Si les congés payés (par l’employeur) furent une conquête sociale, c’est parce que la société reconnaît le droit à une vie en dehors du travail. Il n’y a donc pas de raison que les étudiant.e.s précaires n’aient pas le droit, eux aussi, de toucher des aides sociales pour avoir l’occasion de s’épanouir en dehors des études.

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