Bilan du questionnaire sur les conditions de confinement des étudiant-e-s de l’IEP


Confinement à Sciences Po Lille : des inégalités bien présentes, même parmi des étudiant-e-s globalement favorisé-e-s

 

Demain commenceront les partiels en ligne pour le premier cycle à Sciences Po Lille. Des centaines d’étudiant-e-s se retrouveront devant un PC pendant toute la journée pour écrire leurs copies, couronnant la “continuité pédagogique” voulue par l’IEP. Tout comme il était illusoire de penser que les étudiant-e-s pourraient suivre leur scolarité de façon égalitaire pendant le confinement, il est illusoire aujourd’hui d’imaginer que nous réaliserons dans des conditions équivalentes les partiels qui arrivent. 

Les inégalités sociales marquent déjà très fortement l’enseignement supérieur dans des conditions plus favorables. La sélection, la précarité, l’obligation parfois de travailler à côté, les problèmes de santé physique et psychologique… sont autant d’obstacles que de nombreux-ses étudiant-e-s doivent affronter tous les jours et qui ont des conséquences néfastes sur leurs études et leur réussite aux examens. Le confinement ne fait que renforcer les inégalités que nous vivons.

Le 21 avril, Solidaires Etudiant-e-s a fait circuler un questionnaire sur les conditions de vie des étudiant-e-s de l’IEP pendant le confinement. Voici les résultats.

 

L’échantillon

 

Le questionnaire a recueilli un total de 258 réponses avec une surreprésentation du premier cycle (62,1%). 

 

Conditions de confinement

 

Globalement, les étudiant-e-s de l’IEP estiment très majoritairement avoir de bonnes ou de très bonnes conditions de confinement. Cela est probablement dû au fait que les étudiant-e-s de l’IEP sont globalement favorisé-e-s dans la hiérarchie sociale en raison de leur sélection. Toutefois, 9 estiment qu’elles sont mauvaises et 2 qu’elles sont très mauvaises.

 

-> Logement

 

En ces temps de confinement, le logement est une donnée essentielle pour comprendre les conditions de vie des étudiant-e-s, qui sont inégalitaires. Parmi les personnes ayant répondu au questionnaire, une seule déclare être restée dans son logement CROUS. 4,65% sont dans un logement de moins de 20m2, dont une personne dans un logement de moins de 10m2.

A ces étudiant-e-s vivant dans un petit espace pendant le confinement, il faut rajouter celleux qui vivent dans la promiscuité. 6,98% des répondant-e-s rapportent avoir moins de 10m2 pour elleux seul-e-s (ce qui correspond par exemple à une chambre de moins de 10m2, ou encore à un logement partagé en couple de moins de 20m2). A celleux-ci s’ajoutent 7,36% qui ne disposent pas du tout d’un espace pour elleux seul-e-s dans leur logement (par exemple, qui doivent partager leur chambre avec des membres de leur famille).

Cette promiscuité est aggravée par le fait que 50 étudiant-e-s déclarent ne pas avoir accès à un espace extérieur privé (comme un jardin), 50 ont répondu que leur logement est bruyant et 2 que leur logement est insalubre.

 

Ces facteurs se recoupent. Par exemple, sur les 50 personnes dont le logement est bruyant, 27, soit plus de 50%, ont également au moins un des autres facteurs aggravants. Les inégalités s’accumulent.

 

-> Entourage

 

L’entourage est évidemment une clé de compréhension des conditions d’habitat et complète les données sur le logement. La grande majorité des étudiant-e-s sont parti-e-s passer le confinement chez leur famille ou habitaient déjà avec elle, pourtant 7% des répondant-e-s ont dit être confiné-e seul-e, aggravant notamment les conditions d’isolement que nous verrons plus tard. Sur les 193 personnes confinées avec leur famille, 40 ont indiqué que leur logement était bruyant sur les 50 ayant déclaré un logement bruyant. La promiscuité avec une famille, parfois avec des enfants en bas âge peut être un facteur aggravant des conditions de confinement.

 

-> Violences

 

Diverses associations ont relevé l’augmentation spectaculaire des violences intra-familiales et conjugales pendant le confinement. Au niveau de l’IEP heureusement, une très grande partie des étudiant-e-s déclarent ne pas être davantage exposé-e-s à ces violences pendant le confinement. Or, 17 étudiant-e-s quand même disent être davantage confronté-e-s aux violences intra-familiales ou conjugales, s’ajoutant à une zone d’ombre concernant 15 personnes ayant répondu qu’elles ne savaient pas comment se positionner ou qu’elles ne souhaitaient pas répondre. Il s’agit donc de 32 étudiant-e-s exposé-e-s à des violences ou pour lesquels la réponse est trouble. De plus, parmi cet ensemble de 32 personnes, 16 déclarent se sentir globalement assez mal ou très mal depuis le début du confinement (50% contre 15,1% du total des répondant-e-s).

 

Si vous êtes victimes ou témoins de violences, vous pouvez contacter plusieurs numéros. Le 3919 (et son équivalent pour les mineur-e-s 119) est toujours disponible ainsi que le 114 qui permet d’obtenir de l’aide par sms pendant toute la journée. Exceptionnellement, les pharmacies peuvent également recueillir des signalements et apporter de l’aide si vous demandez un « masque 19 ».

Vous pouvez trouver plus d’informations sur cet article de la fédération Solidaires étudiant-e-s : https://solidaires-etudiant-e-s.org/blog/2020/04/07/confinement-augmentation-des-violences-faites-aux-femmes/

 

-> Conditions financières

 

24,03% des étudiant-e-s déclarent que elleux ou les personnes qui les aident financièrement ont perdu une partie de leur revenu à cause du confinement et 3,1% déclarent que elleux ou les personnes qui les aident financièrement ont perdu la totalité de leur revenu à cause du confinement. 4 étudiant-e-s disent avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins primaires (alimentation, santé, hygiène) tandis que 20 disent avoir des difficultés à se procurer le matériel nécessaire à leur scolarité. Ces chiffres mettent en avant l’importance cruciale des aides sociales pendant ce confinement et le stress financier que représente celui-ci pour les étudiant-e-s.

Il nous paraît d’ailleurs pertinent de rappeler que la Commission d’Aides Sociales se réunit une fois tous les 15 jours pendant le confinement, vous permettant de continuer à envoyer des dossiers si votre situation se dégrade. La prochaine se tiendra le mercredi 13 mai, n’hésitez pas à envoyer un message à nous ou M. Giuliana si vous avez des questions ! 

26 étudiant-e-s travaillent par ailleurs pendant le confinement (10% du total des répondant-e-s), s’exposant donc à la contamination et limitant encore plus leur capacité à se concentrer pour passer des examens et suivre des cours en ligne.

 

-> Aides aux proches

 

En plus de devoir travailler pour les cours, 18,28% des répondant-e-s déclarent devoir s’occuper de leurs sœurs/frères et 10,85% s’occupent de personnes qui ont besoin de leur aide (personnes malades, personnes âgées ou handicapées, volontariat…).

Ce sont au total 77 étudiant-e-s qui passent une partie de leur temps à s’occuper de leurs frères/sœurs et/ou s’occuper de personnes qui ont besoin de leur aide et/ou qui travaillent pendant le confinement, soit 29,84% de l’ensemble des répondant-e-s.

 

“Je m’occupe de ma grand mère et j’essaie de faire mon mémoire en même temps, c’est pas facile.”

“Gérer un ou plusieurs frère/sœur peut être vraiment compliqué (…). De plus la charge mentale que cela ajoute aux conditions déjà inconfortables du confinement est assez lourde. Mes parents étant obligés d’aller travailler (ouvriers), j’ai dû totalement gérer la scolarité de mon frère en plus de la mienne. Je crains que la période des partiels soit compliquée, si je dois gérer son travail et le mien, le tout sans qu’il ait de PC disponible très longtemps puisque mes partiels le monopoliseront.”

 

Environnement de travail

 

Si le sentiment majoritaire sur les conditions de logement est plutôt positif, il en est tout autrement de l’environnement de travail. Ainsi si 33,7% des étudiant-e-s estiment que leur environnement de travail est adapté, 15,5% estiment qu’il ne l’est pas et 50,4% estiment qu’il ne l’est que moyennement. Force est de constater que nous sommes loin de conditions idéales pour la “continuité pédagogique”.

“J’ai fais un exposé dans ma salle de bain :)”

 

-> Espace de travail

 

14% des étudiant-e-s (soit 36 répondant-e-s) ne disposent pas de leur propre espace de travail. Il apparaît ici clairement que la réalisation des partiels ou la rédaction de mémoires et de tous les travaux demandés par les professeur-e-s sont et seront plus compliquées pour les étudiant-e-s ne disposant pas de leur propre espace de travail.

“Je suis dans 21m2 avec mon compagnon, avec un seul bureau”

 

-> Matériel informatique

 

Si la très large majorité des répondant-e-s a accès à un PC non partagé et en état de marche, 10,5% des étudiant-e-s rapportent que le leur est défectueux, 2,3% doivent le partager avec des membres de leur famille, 1,6% combinent les deux difficultés et un-e étudiant-e n’a pas du tout accès à un PC. Cela représente 38 étudiant-e-s au total (14,73% des répondant-e-s), nombre qui est très probablement sous-estimé puisque toustes les étudiant-e-s de Sciences Po Lille n’ont pas répondu à ce questionnaire. Alors même que la continuité pédagogique et le rendu des travaux repose en totalité sur l’accès au matériel informatique nécessaire, de nombreux-ses étudiant-e-s doivent composer avec un matériel absent, défectueux et/ou partagé.

Ces nombres est à opposer à ceux venant de la direction, qui dit avoir reçu des plaintes concernant le matériel informatique se comptant sur les doigts d’une main. Cela prouve bien l’inutilité du fonctionnement “au cas par cas”.

“Avant qu’il soit en vacances j’ai du m’organiser pour que mon frère (5eme) et moi ayons chacun une demie journée chaque jour d’utilisation de mon PC et donc de possibilité de travailler.”

 

-> Connexion Internet

 

7,8% des répondant-e-s estiment que leur connexion internet est trop instable pour pouvoir travailler convenablement, une personne n’a même pas du tout de connexion Internet dans son foyer. Ce chiffre est là encore probablement largement sous-estimé puisque le simple fait de répondre à un questionnaire en ligne demande, évidemment, une connexion Internet. Plus largement, 38,3% sont sujets à des coupures ponctuelles gênantes, ce problème n’est donc pas isolé et les inégalités d’accès à internet bien réelles.

De plus là encore les difficultés d’accès au numérique sont cumulatives. Parmi les étudiant-e-s déclarant que leur connexion internet est trop instable pour travailler correctement avec, 9 ont un PC défectueux et/ou partagé, soit 45%, contre 14,73% du total des répondant-e-s. Ce chiffre est de 19,39% pour les étudiant-e-s disant avoir des coupures ponctuelles gênantes.

 

“J’ai une connexion qui m’a déjà causé des problèmes sur certains devoirs de conférence de méthode”

“Une connexion internet très instable, que je partage avec ma mère en télétravail, ne me permet pas de travailler de manière efficace. Elle m’a, d’ailleurs, fait faux bond durant 2 épreuves que j’ai passées depuis le début du confinement.”

“Mes deux parents font du télétravail donc ma connexion ne me permet pas de travailler dans de bonnes conditions. Lorsque j’ai des cours ou des réunions je dois aller dans la chambre de mes parents à quelques centimètres de ma box mais ce n’est pas un bon endroit pour travailler. Les menaces de Mathiot sur le fait qu’avoir accès aux réseaux fait qu’on a une bonne connexion fait que je n’ose pas mettre en avant mes problèmes. Je suis déjà angoissée et j’ai peur de me faire carrément agresser par la direction si je viens évoquer ces problèmes”

 

Condition de santé et ressenti global

 

Les conditions de santé sont des indices particulièrement importants à surveiller pendant le confinement. Cette situation exceptionnelle, comme cela a déjà été prouvé par plusieurs études universitaires, affaiblit la santé physique et mentale des étudiant-e-s. Ici, parmi les répondant-e-s, 15,1% disent se sentir assez mal ou très mal depuis le début du confinement. 32,6% ont dit se sentir seulement “Moyennement” bien.

 

-> Niveau de stress

 

Comme dit, la période actuelle est en effet une période stressante pour les étudiant-e-s. En plus du stress provoqué par la pandémie elle-même, de tomber malade ou que ses proches tombent malades, s’ajoute de nombreuses autres sources de stress : difficultés financières, troubles psychologiques créés ou aggravés par le confinement, craintes concernant le futur (notamment la 3A), stress lié aux études…

La moitié des répondant-e-s (53,9%) évaluent leur niveau de stress comme situé entre 6 et 8 sur une échelle de 1 à 10. 5 étudiant-e-s sont extrêmement stressé-e-s (niveau 10) et 11 se situent au niveau 9. Globalement, les étudiant-e-s de l’IEP n’échappent donc pas au stress ambiant lié à la crise et ses conséquences. L’impossibilité ou la quasi impossibilité de trouver un traitement ou d’obtenir de l’aide psychologique pendant le confinement (encore plus que normalement malgré la surcharge habituelle des organismes de santé psychologique réservé-e-s aux étudiant-e-s) ne fait qu’empirer cette situation. Par ailleurs, le fait de devoir passer des partiels, dans des conditions parfois difficile, ne fait que rajouter une source supplémentaire d’angoisse.

 

“Ma mère est aide soignante alors c’est un peu anxiogène car je ressens un peu sa peur d’être contaminée”

“Beaucoup beaucoup de stress pour ma part, crises de panique.”

“En tant que 2A, la plus grande source de stress concerne ma 3A car je ne sais pas du tout si je serai autorisée à partir dans ma destination initiale.”

“Je pensais que je devais prendre des anxiolytiques seulement quand je devais aller physiquement à l’iep, mais finalement j’en prends d’autant plus maintenant que je subie le stress du contexte, de la continuité pédagogique, et l’ambiance familiale. Je ne sais pas comment je vais faire pour travailler lors des partiels en ligne.”

“J’ai beauuuuucoup de mal à me concentrer, à travailler, et je me sens assez angoissée mais c’est la situation qui veut ça, non sciences po…”

“En tant que future 3a mon stage a été annulé je dois donc gérer mes révisions de partiels et le stress de retrouver un stage alors que les circonstances actuelles ne sont absolument pas propices à la recherche de stage”

“Vivre dans une maison complètement bordélique rajoute complètement au stress des exam”

 

-> Isolement

 

La vie sociale a été forcément extrêmement réduite et peut constituer pour les étudiant-e-s un problème majeur pour leur santé mentale. Ce critère est à coupler avec les résultats concernant le niveau de stress et les conditions de santé des étudiant-e-s. Parmi les étudiant-e-s ayant répondu, 34,1% estiment souffrir d’isolement (30,2 un peu et 3,9 beaucoup).

Il n’est maintenant plus surprenant de dire que les inégalités s’accumulent : 40,67% des personnes vivant dans un logement de moins de 20m2 souffrent de l’isolement et 55,56% des personnes vivant seules pendant le confinement estiment également en souffrir.

La moitié des répondant-e-s confirment que l’isolement affecte un peu ou beaucoup leur santé mentale. Cela constitue 66,67% des étudiant-e-s confiné-e-s dans un logement de moins de 20m2.

 

“Personnellement, le manque de vie sociale est ce qu’il y a de plus dur à vivre et ça peut poser sur le moral, question qui n’est ni abordée ni prise en compte par le personnel de l’IEP.”

“Les potes me manquent. Et Praline le chien aussi bizarrement je la kiffe”

 

-> Santé

 

Dans le contexte d’une pandémie mondiale, la santé est d’autant plus importante.

23,26% du total des répondant-e-s déclarent que leur entourage a été touché par le coronavirus. Cela ajoute une source d’angoisse dans une situation qui est déjà stressante.

Par ailleurs, au moment du questionnaires, deux étudiant-e-s déclarent être malades d’un coronavirus, 17 en être guéri-e-s et 5 en être guéri-e-s mais être encore faibles. Cela signifie que 9,3% des répondant-e-s au questionnaire avaient ou avaient eu le COVID-19 au moment du questionnaire, sans compter les potentiel-le-s personnes n’ayant pas développé les symptômes. Les étudiant-e-s de Sciences Po Lille n’ont donc malheureusement pas d’immunité contre le virus. Or, celui-ci impacte gravement la capacité à suivre la continuité pédagogique, à réviser et à réaliser ses examens. 

Dans l’hypothèse où l’on pourrait étendre nos résultats à l’ensemble des étudiant-e-s de l’IEP, le passage des partiels (notamment) serait remis en cause pour 10% d’entre elleux. Lorsque 10% des étudiant-e-s ne peuvent pas passer les examens, en plus des nombreux-ses étudiant-e-s empêché-e-s au cas par cas, il nous semble plus cohérent de les annuler, ou du moins de les rendre non-obligatoires, que de s’obstiner dans la voie d’une continuité pédagogique illusoire. Ce n’est pas le chemin qu’a pris l’IEP…

 

Continuité pédagogique et examens

 

Rentrons maintenant dans le vif du sujet de ce questionnaire et la raison pour laquelle il a été créé. Pour rappel, l’établissement a commencé depuis le confinement, de la même façon que tous les établissements de l’enseignement supérieur par consigne du gouvernement, une “continuité pédagogique”. Cette continuité pédagogique vise à continuer à dispenser les cours prévus de la façon dont choisissent les professeur-e-s (vidéoconférences, envoi de cours, cours sur Microsoft Teams etc…) et, surtout, à maintenir les galops, examens et rendus prévus. Cette continuité pédagogique s’est souvent faite selon nous dans le mépris des revendications étudiantes et en ignorant leurs conditions, que nous venons de détailler, tout en réduisant l’IEP à une machine à évaluer et examiner. 

Devant juger eux-mêmes la façon dont iels ont vécu la “continuité pédagogique” faite par l’IEP, un quart de ceux-ci (25,6%) disent l’avoir plutôt mal ou mal vécu tandis que 38,8% se disent partagé-e-s sur la question.

 

“L’approche « au cas par cas » expose les étudiants à la bonne volonté de leur directeur de master en ce qui concerne les 4A. Si la plupart des enseignants concernés semblent gérer ça bien, ce n’est pas le cas de tous. Néanmoins, il faut souligner la disponibilité de Mme Bazin dont l’aide et le soutien sont précieux.”

“Pour les 5A en alternance, il est compliqué de rester motivé sur le mémoire qui est censé être utile à l’entreprise et qui maintenant ressemble plus à un exercice formel à rendre pour valider son année, puisque les structures sont à l’arrêt et ne vont probablement pas reprendre (spectacle vivant) et le sujet du mémoire obsolète. Sachant qu’on a déjà réalisé un mémoire l’année précédente, pour les ED l’année d’encore avant … Cela apparaît comme une charge.

D’autre part, la continuité pédagogique à distance poussée jusqu’en fin juin est à mon sens trop longue … Autant achever cette année pour redémarrer sur de nouvelles bases.”

“Je suis confinée avec ma famille, je ne suis certainement pas la plus à plaindre mais la continuité pédagogique me fait mal vivre le confinement. Toutes les conditions dans lesquelles je me trouve pourraient faire penser que tout va bien mais l’enchainement des DM, des partiels, des cours posent problème. Je suis d’accord qu’il faille travailler mais pourquoi avoir un partiel sur une partie du cours qu’on n’a pas vu en présentiel mais en visio et que par conséquent on n’a pas pu assimiler correctement tout seul chez soi.”

“Impossible de se concentrer et de comprendre des cours qui ont débuté seulement après que le confinement ait été annoncé, sans jamais voir le prof, sans que celui-ci n’envoie des cours qui ne soient pas des diapos, par exemple.”

 

-> Mémoire/rapport d’expertise

 

Les 4A, ainsi que les 3A en filière franco-allemande, doivent rendre un mémoire de recherche ou un rapport d’expertise à la fin de l’année. 
La date de rendu a été décalée au 5 juin face aux nombreux imprévus que la crise a entraîné. Cependant, 33,3% des 4A ayant répondu au questionnaire estiment que le nouveau délai du 5 juin pour rendre leur mémoire est insuffisant.

Pour certain-e-s, ce n’est pas tant la date qui pose problème que la difficulté à accéder à certaines ressources. Les ressources restantes étant essentiellement en ligne, il est difficile d’y accéder lorsque la connexion Internet ou le matériel informatique font défaut. Certains travaux sont rendus obsolètes par la crise (notamment les rapports d’expertises dans les structures qui ont fermé), le travail de terrain est impossible, la discussion avec les professeur-e-s est rendue plus compliquée…

Près de la moitié des 4A ayant répondu au questionnaire (49,1%) déclarent parvenir assez mal ou pas du tout à travailler convenablement sur leur mémoire. 

Parmi celleux-ci, 7,2% avaient estimé que leurs conditions de confinement étaient mauvaises ou très mauvaises (contre 4,26% au total), 25% avaient déclaré que leur espace de travail n’était pas adapté (contre 15,5% au total) et 25% avaient dit se sentir assez mal ou très mal depuis le confinement (contre 15,1% au total). Il apparaît clairement que les conditions de confinement ont un impact sur le travail du mémoire ou du rapport d’expertise.

 

“Quand au mémoire… une catastrophe, comment se motiver chez soi même si les exigences seront abaissées, je ne vois pas l’intérêt d’appeler encore cela « mémoire de recherche » alors que ça n’en sera même pas un.”

“Décaler la date du mémoire au 5 juin ne change pas grand chose au fait que toutes les conditions ne sont pas réunies pour écrire un mémoire comme on l’entendait initialement”

 

-> Premier cycle

 

Concernant le premier cycle, la direction a décidé de procéder à des partiels en ligne. Bien que des modalités plus souples qu’à l’ordinaire aient été décidées (16h pour rédiger un partiel notamment), nous insistons sur le fait que le maintien des partiels est malvenu. D’une part, les étudiant-e-s devront les réaliser dans des conditions inégalitaires, que nous avons détaillées plus tôt. D’autre part, cette décision relève d’un acharnement à vouloir rendre “normale” une période qui n’a rien de normal. Pire encore, faire passer des partiels dans le contexte actuel assimile l’IEP à une machine à trier les étudiant-e-s qui pourront valider leur année, une machine à valider des semestres et à donner un diplôme. Cette vision est totalement contraire à notre vision d’un enseignement supérieur émancipateur. Peut-être que c’est bien dans cette période de crise que l’IEP révèle le mieux sa triste nature élitiste, d’outil de la reproduction sociale plutôt que de lieu de savoir et de partage.

41% des étudiant-e-s de premier cycle ayant répondu au sondage estiment que la solution de partiels en ligne voulue par l’IEP est peu ou très peu satisfaisante, contre 28,4% qui la trouvent satisfaisante voire très satisfaisante.

 

72,73% des étudiant-e-s pour qui la solution des partiels en ligne est très satisfaisante déclarent avoir de très bonnes conditions de confinement contre 38% du total. 54,54% estiment que leur environnement de travail est adapté contre 33,7% au total. Toustes disposent de leur propre espace de travail et de leur propre PC fonctionnel. 72,73% n’ont pas de problème de connexion contre 53,3% au total.

A l’inverse, 27,5% des étudiant-e-s pour qui la solution des partiels en ligne est très peu satisfaisante déclarent avoir de très bonnes conditions de confinement (contre 38% au total) et 7,5% les considèrent comme mauvaises (contre 3,5% au total). 30% estiment que leur environnement de travail n’est pas adapté contre 15,5% au total. 75% ont leur propre espace de travail (vs 84,5%), 80% ont leur propre PC fonctionnel (vs 83,3%). Seul-e-s 34,2% n’ont pas de problème de connexion (vs 53,5%). 27,5% se sentent assez mal ou très mal depuis le début du confinement, contre 15,1% au total.

Ici encore, il apparaît clairement que la préférence des étudiant-e-s concernant les modalités de partiels sont influencées par leurs propres conditions de confinement. Et l’IEP a fait le choix de favoriser celleux qui de toustes ont les meilleures conditions de confinement. L’IEP a donc choisi de renforcer le poids des inégalités sociales sur la réussite scolaire.

 

Quelles alternatives ? Les élu-e-s étudiant-e-s ainsi que les délégué-e-s ont travaillé sur la question. Plusieurs possibilités ont été évoquées, rejetées par la direction.

 

*C améliorable: Attribution d’un C d’office et donc validation des partiels du S2 avec possibilité d’améliorer son C de base en effectuant les partiels.

*C plancher: Attribution d’un C d’office et donc validation des partiels du S2 mais uniquement sous réserve d’avoir rendu tous les travaux obligatoires.

 

La solution du C plancher est la solution la plus consensuelle même si le C améliorable est la solution qui emporte le plus de “très favorable”. Malheureusement, la direction n’a retenu aucune de ces alternatives.

 

 

Globalement, les étudiant-e-s de l’IEP passent leur confinement dans des conditions relativement positives par rapport à l’ensemble des étudiant-e-s. Cependant celles-ci ne sont pas uniformes et des disparités existent. Pendant le confinement, l’IEP a fait des choix qui ont favorisé les étudiant-e-s déjà favorisé-e-s, vivant dans les meilleures conditions. L’IEP a montré son mépris pour celleux qui sont confronté-e-s à l’insalubrité, aux violences, à la précarité, à l’isolement, à la promiscuité, au stress, à la maladie, aux difficultés d’accès au numérique. L’IEP montre que sa conception des études supérieures se résume à la “validation d’acquis”, à l’évaluation. La “continuité pédagogique” ne serait pas une vraie continuité pédagogique sans cette évaluation, évaluation à laquelle les étudiant-e-s ont déjà été confronté-e-s avec la sélection et qu’iels devront bien se résoudre à vivre sur le marché de l’emploi et dans le monde du travail capitaliste.

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