IEP: RESULTATS DE L’ENQUÊTE SOCIALE : ANNÉE 2017-2018


 

En 2017, c’est la sixième année consécutive qu’une enquête sociale est réalisée auprès des étudiant-e-s de Sciences Po Lille. Elle est réalisée, non pas à l’initiative de la direction, mais à l’initiative d’étudiant-e-s, d’abord par le collectif « Solidaires et Autogestionnaires » en 2012 et 2013, puis par les membres de SUD Solidaires Étudiant-e-s à l’IEP.

Comme chaque année, le thème majeur de l’enquête est celui de la « précarité », dans une acception de plus en plus large depuis 2012.

Au-delà de questions sur les dépenses (loyers, frais d’inscription…) et aides perçues (APL, bourses…), des questions sur les conditions de vie (santé, transport…) ont été ajoutées d’année en année.

Depuis 2016, des questions relatives aux discriminations (sexisme, homophobie…) ont été intégrées. Nous avons mené cette enquête du 26 octobre au 9 novembre et avons recueilli 322 réponses ce qui représente environ 18% des étudiant-e-s de l’établissement. Les résultats sont anonymes. Nous avons obtenu la meilleure participation depuis le lancement de cette enquête.

En 2016, 201 étudiant-e-s avaient répondu. Comme en 2014, 2015 et 2016, nous avons choisi de ne diffuser qu’une enquête sous format électronique via le réseau social Facebook. Diffuser l’enquête sous format papier, comme en 2013, permet une participation équivalente (275 étudiant-e-s en 2013) et nécessite davantage de traitements.

 

Nous remercions Tristan (diplômé de l’IEP, promo 2014) pour le nettoyage de la base de données et les traitements statistiques rudimentaires. Ces traitements ont été réalisés sous R (logiciel libre).

 

1. Remarques générales sur l’échantillon

 

Il s’agit d’une enquête auprès d’un public exhaustif avec un biais de sélection contraint (être inscrit-e sur Facebook et membre de son « groupe de promo »). Au vu du faible taux de réponse, l’échantillon n’est pas entièrement représentatif comme nous le constaterons plus loin. Néanmoins les ordres de grandeur constatés sont très instructifs.
Les femmes sont légèrement plus nombreuses à avoir répondu au questionnaire qu’en 2016 : 65,5% des sondé-e-s se déclarent de genre féminin, contre 63,7% en 2016. 32,3% des sondé-e-s se déclarent de genre masculin. Nous avons noté que 2,2% des enquêté-e-s soit 7 étudiant-e-s ne se sont déclaré-e-s ni de genre masculin, ni de genre féminin (transgenre, en questionnement…). Ces données rejoignent les données de féminisation de l’IEP.

Les sondé-e-s ne sont pas équitablement réparti-e-s entre les promotions : les 1A sont sur-représenté-e-s (33,5%), contrairement aux 3A, 4A et 5A représentant respectivement 8,4%, 25,2% et 5% des sondé-e-s. Contrairement à 2015 et 2016, la participation des 3A et 5A a fortement diminué.
81,7% des étudiant-e-s sondé-e-s sont en filière générale. Les FIFA, FIFB et FIFE sont bien mieux représenté-e-s que l’an dernier.

 

2. Logement et transport : une stabilité relative

 

8,4% des étudiant-e-s interrogé-e-s vivent chez leurs parents, ce qui est largement en dessous de la moyenne régionale (50%) et stable par rapport à l’an dernier (+0,8 point). 3,4% des étudiant-e-s interrogé-e-s vivent dans un logement CROUS, alors que la moyenne régionale est de 7%, ce qui est également stable (-0,6 point).
Les loyers oscillent entre 0 et 1200 euros par mois. Si l’on exclut les étudiant-e-s logé-e-s chez leurs parents, la moyenne des loyers s’élève à 456 euros avec une médiane légèrement inférieure (450).

Plus de la moitié des étudiant-e-s ont un loyer compris entre 390 et 503 euros. Ces prix correspondent à ceux du marché lillois. Si la moyenne, la médiane et le 3ème quartile sont équivalents aux données des années précédentes, on notera une augmentation du premier quartile de 30 euros, comme si les loyers se tassaient progressivement autour de 450 euros.
Une nouvelle question sur le temps de trajet a été insérée. Aucun mode de transport n’étant indiqué, il s’agit de durées « à vélo » ou, la plupart du temps, « à pied ». En moyenne, le temps de trajet d’un-e étudiant-e est de 14,8 minutes. La médiane est légèrement inférieure (13 minutes) mais plus d’un quart des étudiant-e-s ont 20 minutes de trajet ou plus.

Si, l’an dernier, 37% des étudiant-e-s considéraient que le budget Transpole constituait une part importante de leurs dépenses, seul-e-s 6,8% des enquêté-e-s déclarent avoir des problèmes financiers pour se déplacer.

 

3. Frais d’inscription

 

Frais d’inscription : la bipolarisation ?

La moyenne des frais d’inscription se situe à 1623 euros (en comptant les boursier-e-s) et la médiane à 1500 euros. Un quart des étudiant-e-s payent plus de 3015 euros. Comme l’an dernier 2 pôles se constituent entre les  » boursier-e-s » qui payent 5,10 euros et celles et ceux qui payent 3415 euros (frais de sécurité sociale inclus). .

 

Qui paye ? Parents, étudiant-e-s ?

Dans 72% des cas, les parents ont payé la totalité des frais d’inscription des étudiant-e-s, un chiffre en hausse de 6 points par rapport à 2016 mais équivalent au chiffre de 2015. 5,6% des étudiant-e-s interrogé-e-s ont dû payer une partie de leurs frais d’inscription (4 points de moins qu’en 2016) et 22,4% d’entre eux-elles la totalité (-1 point). Si les ordres de grandeur restent stables, on note un léger « retour à la normal » quand à la prise en charge parentale des frais d’inscription. Si on applique une régression logistique (*) aux données de l’enquête, on constate que les étudiant.e.s dont les parents ne payent pas (ou pas la totalité) des frais d’inscription sont des boursier-e-s (OR=15,9***), des étudiant-e-s ayant contracté un prêt (OR=8,7***), des 4A (OR=6***) et des étudiant-e-s salarié-e-s (OR=5,2***). Mais il s’agit, toutes choses égales par ailleurs, davantage d’étudiants que d’étudiantes.

 

Le recours au prêt étudiant toujours élevé !

 

Loin d’un autre retour à la normale espéré, le nombre d’étudiant-e-s qui ont dû contracter un prêt ou qui ont l’intention de le faire pour financer leurs études reste très élevé. Cela concerne 18,6% des étudiant-e-s d’autant qu’également 16,5% des sondé-e-s ne savent pas encore si ils/elles devront contracter un prêt. L’an dernier, cet indicateur a enregistré une forte hausse, de 13,6% à 27,3%, hausse est sans précédent depuis la mise en place du système des droits modulés.

Rappelons que le prêt étudiant et le financement des frais d’inscrptions par les étudiant-e-s eux-elles même est une situation de précarité qui peut amener à un salariat et une dégradation des conditions de travail et d’épanouissement de l’étudiant-e. Toutes choses égales par ailleurs, le recours au prêt ne concerne que très peu les boursier-e-s (OR=0,2**) et les étudiant-e-s dont les parent-e-s payent la totalité des frais d’inscription (OR=0,09***).

 

4. Bourses et aides

 

Bourses du CROUS

 

Cette année, 31,1% des étudiant-e-s sondé-e-s sont boursier-e-s, 3 points de moins qu’en 2015 et 0,1 point de plus qu’en 2016. Nous restons donc dans une certaine stabilité (un petit tiers). On reste dans une situation où la majorité des boursier-e-s relèvent de l’échelon 0bis (39,9% des boursier-e-s) et 1 (23,5% des boursier-e-s). Nous sommes loin des chiffres régionaux (50% de boursier-e-s et près d’un tiers à échelon 6 ou 7).

 

Autres aides

 

La proportion d’étudiant-e-s touchant les aides au logement repart à la hausse après 3 années de baisse. Elle atteint 68% en 2017, une hausse qui peut s’expliquer par la plus faible participation des 3A. Cet indicateur montre que, même à Sciences Po Lille, la baisse de 5 euros des APL/ALS et leur refonte va concerner une grande majorité d’étudiant-e-s.

 

5. Santé des étudiant.e.s

 

Couverture santé

51,2% des étudiant-e-s sont inscrit-e-s à la SMENO et 40,7% à la LMDE. 7,1% bénéficient du régime spécial de l’un-e de leurs parents et 2 étudiant-e-s sont au régime général du fait de leur activité salariale réalisée en parallèle de leurs études. 80,1% des étudiant-e-s bénéficient d’une complémentaire santé d’un-e de leurs parents, ou bénéficient de la CMU complémentaire, ce qui est en progrès par rapport au chiffre de l’année dernière. 5% des étudiant-e-s souscrivent à une mutuelle supplémentaire de la LMDE et de la SMENO, un chiffre en baisse de 6 points par rapport à 2016 et de 12 points par rapport à 2015. Enfin 8,7% des étudiant-e-s bénéficient d’une autre mutuelle, chiffre également en baisse de 5 points.

 

Renoncement aux soins et difficultés

Nous nous inquiétons d’une stabilisation à un niveau relativement haut du nombre d’étudiant-e-s qui déclarent avoir renoncé à des soins cette année. Ils/elles représentent 11,5% des sondé-e-s contre 13,2% en 2016, 9,4 % en 2015 et 8% en 2014. Nous restons néanmoins très en dessous de la moyenne nationale, notamment du fait du nombre élevé d’étudiant-e-s qui bénéficient d’une mutuelle d’un-e de leurs parents. 23,3% des étudiant-e-s déclarent avoir rencontré des problèmes ou des difficultés avec leur « mutuelle » (sécurité sociale étudiante ou complémentaire), un chiffre stable après un net recul de 5 points entre 2015 et 2016. Le renoncement aux soins concerne davantage les étudiant-e-s boursier-e-s (OR=2,7*), les étudiant-e-s ayant rencontré des problèmes de stress, de burn-out ou de dépression (OR=2,5*) et les étudiant-e-s ayant rencontré des difficultés avec leur mutuelle étudiante (OR=2,5*). Toutes choses égales par ailleurs, les difficultés rencontrées s’agissant des mutuelles étudiantes (sécurité sociale et complémentaire) concernent davantage les étudiant-e-s salrié-e-s (OR=2,5*).

 

Burn-out, stress, panique, dépression

Etre étudiant-e, à fortiori dans une grande école, n’est pas « de tout repos ». Nous avons inséré une question sur les problèmes psychiques que peuvent rencontrer les étudiant-e-s (burn-out, stress, panique, dépression) depuis 2016. Le résultat surprenant et inquiétant de l‘an dernier (25,76% des étudiant-e-s déclarent avoir eu des absences liées à ce type de problème) se confirme : cette proportion s’élève en effet à 22,4%. Rappelons que ces problèmes sont souvent difficiles à déclarer ou à faire reconnaître par le corps médical.
Les étudiant-e-s incertain-e-s sur le fait de devoir contracter un prêt (OR=2,5*), ayant une activité non-salariée en parallèle de leurs études (OR=2,1*) ou ne se reconnaissant ni de genre masculin, ni de genre féminin (OR=5,5***) sont les plus concerné-e-s par ces problèmes de stress, burn-out, panique ou dépression.

 

6. Salariat étudiant

 

La proportion d’étudiant-e-s salarié-e-s connaît une légère hausse à 15,8% (+1,7 point). Cette proportion est donc loin d’être négligeable même si la moitié des étudiant-e-s françai-se-s doivent se salarier pour financer leurs études (enquête OVE). A noter que 9% des sondé-e-s déclarent, en parallèle de leurs études, une activité non salariée (auto-entrepreunariat, travail non déclaré, missions…). On observe une forte disparité des volumes horaires avec deux blocs : l’un au-dessous de 4 heures hebdomadaires et l’autre au-delà de 8h, ce qui révèle l’intérêt de l’amélioration du statut d’étudiant-e salarié-e. Notons que 65,2% des étudiant-e-s ont travaillé cet été, un chiffre élevé malgré la fin des stages obligatoires.

 

7. Discriminations

 

Étant donnée l’actualité interne de l’IEP, nous avions choisi en 2016 d’insérer un module relatif aux discriminations. 34,8% des étudiant-e-s ont été témoins ou victimes de propos ou de comportements sexistes, racistes ou LGBTphobes, un chiffre en très léger recul (-2,2 points). 20,8% des sondé-e-s évoquent des cas de propos ou comportements discriminatoires au sein d’associations ou d’événements. 15,3% des sondé-e-s ont observé de tels propos ou comportements dans les couloirs de l’école et 9,9% évoquent des propos discriminatoires en cours. Le genre ne semble pas être une variable explicative : toutes choses égales par ailleurs, il n’y a pas plus de personnes de genre féminin à être témoins ou victimes de comportements discriminatoires. Un traitement qualitatif des précisions laissées par les répondant-e-s montre que les micro-agressions (propos et « blagues » sexistes, racistes ou LGBTphobes, comportements virilistes en soirées) sont les cas les plus fréquents. De nombreux commentaires de victimes font référence à l’« intégration » organisée en début d’année et au WEI. Mais un autre bloc aussi important de répondant-e-s évoquent plutôt des propos et comportements qui s’inscrivent dans la vie quotidienne de l’IEP, dans les couloirs ou à la machine à café. Si le sexisme est la discrimination la plus citée (20 citations), les LGBTphobies et le racisme sont cités respectivement 12 et 9 fois tout de même. La grossophobie (discrimination relative au poids des personnes) est citée 2 fois.
(*) Les coefficients présentés sont des odds ratio (OR) ou ; rapports de chance ». Ils indiquent combien de « chances » ont deux caractéristiques d’une variable pour se retrouver chez un même individu, 1 signifiant une absence de relation et un OR inférieur à 1 signifiant une relation négative. Les étoiles indiquent le degré de significativité de la relation. Aucune donnée non significative n’est présentée ici.

 

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