Direction de Sciences Po Lille: En Marche arrière avec P. Mathiot


 

( Rendez-vous avec Pierre Mathiot du 20 décembre 2018)

 

Pourquoi veut-il être à nouveau directeur ?

 

Un désir bien étrange quand on sait que celui qui a donné toute sa renommée à l’IEP (selon l’article très élogieux paru dans Le Monde), a travaillé avec le Ministre de l’Education Nationale et qu’il était destiné “à un poste de directeur d’administration centrale (pour gérer le Service National Universel), d’inspecteur général, de recteur, ou encore de sénateur”. Il aurait ainsi refusé toutes ces propositions, appelé par ses collègues et une partie de l’administration, pour retrouver sa petite école qu’il a laissé durant 3 ans aux mains de son poulain Benoît Lengaigne.

Pierre Mathiot ce n’est clairement pas le signe du renouveau : directeur de Sciences Po entre 2007 à 2015, il a aussi participé activement à la politique de M.Lengaigne, dont il était le “conseiller spécial”. Plusieurs des décisions qui ont été mises en place ont été travaillées et approuvées par lui-même. Il suffit d’observer son comportement en CA : il est le roi en ces lieux. Coupant la parole aux interlocuteur.ices, méprisant envers la prise de paroles des élu.e.s SUD (on comprend pourquoi les autres peinent à la prendre), il n’est jamais réellement parti de la direction de Sciences Po Lille. Son retour annonce le maintien des problèmes que nous avons toujours dénoncé : mesures illégales, décisions arbitraires et opacité.

 

Que propose-t-il pour l’école ?

 

Le candidat nous a fait miroiter un beau projet pour les masters : il veut davantage d’étudiant.e.s thésard.e.s avec la création d’un master d’études empiriques en sciences sociales, la formation de partenariats avec le territoire local, monter des masters avec des écoles d’ingénieurs ou de développement soutenables avec d’autres écoles (notamment sur les big data, enjeu majeur selon lui…).

Il veut remettre de la collégialité dans le fonctionnement de l’école, un gouvernement plus paritaire, doubler les responsabilités en faisant des co-directions dans les 4 ministères régaliens (études, recherches, développement et relations internationales). Il nous fait du charme avec des propositions pour améliorer la démocratie comme rendre accessible les relevés de décision du conseil de direction et qui serait enfin  élargi aux représentant.e.s étudiant.e.s. Nous offre enfin la belle promesse d’un point à l’Ordre du Jour du CA proposé par les élu.e.s étudiant.e., puisque jusque là nous étions recalées aux “questions diverses” à la fin du conseil.

Ces paroles enchantantes peuvent-elles véritablement aboutir sur des actes ? Nous connaissons Pierre Mathiot pour son habilité à faire de faux consensus, des promesses sont données mais pas réellement tenues. On recense surtout une hypocrisie : il parle de parité alors que depuis son règne peu de femmes ont été à la direction de Sciences Po Lille, et surtout il veut allouer seulement 24h par année de décharge pour le ou la référent.e égalité. Doubler les postes de directeurs adjoints, cela ne veut pas dire collégialité et si ces duos se composent d’un “mandarin” de l’école et un.e personne au statut fragile ( non-titulaire, PRAG, jeune enseignant.e), le risque est surtout qu’il y ait un directeur principal, et un.e adjoint.e sans aucun pouvoir d’influence. Sans parler de la soi-disante confidentialité que SUD – Solidaires devrait respecter dans ses comptes-rendus : il est bien beau de parler de meilleure circulation de l’information quand on nous menace de conseil de discipline pour avoir fait notre travail d’élu.e étudiant.e. Il est difficile pour nous de croire M.Mathiot après notre passif en commun.

 

Que répond-il à nos revendications ?

 

Il est toujours compliqué d’en placer une dans une conversation avec P.Mathiot (le pauvre il est né et il est devenu, contre son gré, un homme blanc quinquagénaire monopolisant l’espace), mais nous avons quand même réussi à lui dire (un peu) ce que nous voulions de lui.

 

  • sur la baisse des frais d’inscriptions : impossible puisque nous “sommes l’établissement le moins doté de France par étudiant.e”. La faute peut-être à une totale inertie de lui-même et ses camarades face au désengagement de l’Etat. Il nous a cependant fait envisager de revoir à la baisse les coûts du concours pour les boursier.e.s. Donc, il n’envisage pas que le concours puisse être complètement gratuit pour les boursier.e.s, affirmant qu’il est contre la gratuité pour les défavorisés car “ils doivent contribuer” ( à quand le bénévolat contre le tarif boursier?)
  • sur le RSE ( Régime Spécial d’Etudes): – “Le RSE? Vous voulez dire le RCE”? a été sa réaction. Après lui avoir expliqué qu’il s’agissait du Régime Spécial d’Etudes (et non des Responsabilités et Compétences Élargies), il a reconnu qu’il faut le préciser et être plus souples par rapport aux intérimaires.
  • sur le ou la référent.e pour les problèmes psychologiques : il veut bien tester ce système lors d’une demi-journée dans la semaine en informant les étudiant.e.s sur ce service.
  • sur la Charte égalité de genre : une vision  très peu ambitieuse puisqu’il compte donner seulement 24h de décharge à le ou la futur.e référent.e

 

BILAN : En somme, cette rencontre nous a très peu enthousiasmé.e.s. Nous ne cachons pas notre sentiment de désabus à l’idée d’un nouveau mandat de P.Mathiot. Nous avons sans cesse revendiqué toujours plus de droits pour les étudiant.e.s en étant peu écouté.e.s que ce soit sous sa direction ou celle de son pantin. On ne s’attend donc pas à la réalisation des vœux que nous avons formulé. Ce dialogue de sourd provient d’un profond désaccord politique : nous voulons un enseignement ouvert, libre, gratuit et accessible à tou.te.s, alors que P.Mathiot a participé en parallèle à une des lois les plus sélectives depuis bien longtemps. Il ne faut pas oublier qu’il est un des pères de la réforme du baccalauréat, qui instaure des inégalités géographiques entre lycées et une sélection sociale ( via le “grand oral”), ce qu’il a osé reconnaître lui-même en AG l’année dernière. Voulons-nous d’un directeur aussi proche d’un gouvernement qui aujourd’hui fait passer des mesures discriminatoires comme la hausse des frais d’inscriptions pour les étudiant.e.s extra-européen.ne.s ? Nous posons la question aux étudiant.e.s qui devront voter pour le ou la candidat.e qu’ils et elles souhaitent lors de notre débat le jeudi 17 janvier.

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