Sciences Po Lille se positionne contre la hausse des frais d’inscription à la fac pour les étudiant.e.s extracommunautaires: une motion arrachée à la direction par la mobilisation étudiante


Compte-rendu du conseil d’administration de Sciences Po Lille du 28 mars

 

C’est donc enfin arrivé : après des mois de mobilisation, les étudiant.e.s de Sciences Po Lille sont  parvenu.e.s à un résultat concret face à cette mesure discriminatoire et raciste. Le CA de Sciences Po Lille du jeudi 28 mars a donc voté en faveur d’une  motion qui s’oppose à la hausse des frais d’inscription pour les étudiant.e.s extracommunautaires.

Il est nécessaire de rappeler l’origine de cette motion : c’est après plusieurs Assemblées Générales (AG) infructueuses et des tentatives de contact avec la direction, que l’AG de l’IEP a pris la décision le 12 février de bloquer l’IEP, ce qui fut fait le 13 février au petit matin.

La direction ayant le réflexe pavlovien de solliciter la police à chaque contestation, le blocage n’a pas duré bien longtemps. Ce dernier a néanmoins permis d’entamer une discussion avec la direction et mettre en place un rapport de force nouveau, en témoigne la soudaine ouverture à la discussion de M. Lengaigne et de M. Mathiot. Il aura tout de même fallu encore une pétition signée par plus de 200 étudiant.e.s pour que le Conseil d’Administration accepte enfin de mettre cette motion à l’ordre du jour.

Nous devons donc garder à l’esprit que cette motion n’est pas un cadeau de bon esprit fait par la direction, mais une déclaration obtenue après une mobilisation de longue haleine par les étudiant.e.s. Cela montre bien que la réalisation d’un rapport de force avec la direction a été essentiel et nous voudrions encore une fois remercier toustes les étudiant.e.s mobilisé.e.s pour cette avancée.

N’ayant plus d’autre choix, M. Mathiot a officiellement soutenu la motion contre la hausse des frais d’inscription des étudiant.e.s extracommunautaires, débouchant automatiquement sur un vote quasi unanime du Conseil d’Administration en faveur de la motion. Cela  peut prêter à sourire quand on lit les mails envoyés par le même Pierre Mathiot aux étudiant.e.s mobilisé.e.s début février, où il refuse catégoriquement de prendre position sur la hausse des frais d’inscription. M. Mathiot se serait-il acheté une conscience ou a-t-il simplement cédé à la pression étudiante ? Les discussions restent ouvertes.

Néanmoins le vote de cette motion ne résout rien. Il est évident que le simple vote de quelques lignes de texte ne changera rien, que ce soit à un niveau local ou national. Il est d’ailleurs révoltant qu’absolument aucune communication concernant cette prise de position n’ait été faite au nom de l’IEP alors que les facs ayant pris position sur ce sujet l’ont fait savoir et ne se sont pas cachées comme des criminels.

Se contenter de voter une motion puis passer à autre chose est purement hypocrite et montre bien que le seul but du Conseil d’Administration était de faire taire la contestation sans prendre ses responsabilités. Cette fausseté est la même que nous avons pu voir quand certain.e.s ont voté pour Darmanin, tout en se targuant de vouloir se battre contre les discriminations dans l’enseignement supérieur.

Mais ne nous laissons pas avoir ! Nous appelons l’IEP à communiquer officiellement sur sa prise de position et à demander au gouvernement l’abandon de cette mesure.

La seule arme de l’IEP est sa résonance médiatique, utilisons la.

 

Agir dans l’obscurité : le plus grand talent de Pierre Mathiot

 

Ah M. Mathiot, parlons encore de lui. Tant de pouvoirs pour un seul homme, nous comprenons qu’il puisse parfois perdre pied. Son importance a été signalé par l’adoption de trois motions lui donnant des délégations de compétence pour signer des contrats, marchés et subventions à la place du Conseil d’Administration.

L’utilité principale de ces délégations est louable : éviter que les Commissions d’Aides Sociales, de Mobilité Internationale et de Vie Associative aient à faire valider de leurs décisions  au Conseil d’Administration en prenant du temps à tout le monde. Or nous nous permettons d’émettre un doute sur la transparence des dites signatures se feront. Il y a effectivement de nombreux dysfonctionnements dans ces commissions qui ne pourraient plus être soulevés par les élu.e.s étudiant.e.s. Donnons pour seul exemple le fait qu’un seul tiers du budget alloué à la Commission d’Aides Sociales fut utilisé l’année dernière sans que personne ne s’en émeuve au Conseil d’Administration.

Il est donc important pour prévenir ces dysfonctionnements que M. Mathiot fasse des comptes rendus réguliers à propos de ces commissions. Reposant sur un seul homme ayant déjà prouvé l’obscurité de sa prise de décision par le passé, il est évident que nous nous sommes abstenu.e.s concernant ces délégations, contraires à notre idéal autogestionnaire. Nous espérons que notre travail sur les règlements de commissions permettront de rendre leur fonctionnement plus transparent et horizontal.

Une preuve de l’obscurité de la direction de M. Mathiot ? Mais tout de suite : a aussi été voté lors de ce Conseil d’Administration la composition de la section disciplinaire. Cette composition était attendue de longue date puisque des affaires datant du début de l’année n’ont toujours pas été traitées par la direction qui préfère traîner du pied tant que l’image de l’école n’est pas remise en jeu. Que vaut la justice quand on peut avoir l’image ?
Et pourtant sur ce sujet crucial, aucun élément n’a pu arriver jusqu’à nous avant le déroulement du Conseil d’Administration. Pierre Mathiot, encore une fois, avait décidé de régler ça de manière informelle et sans consulter les élu.e.s étudiant.e.s.

Mais ne plaignons pas trop M. Mathiot, celui-ci nous a annoncé vouloir faire voter une mesure lui allouant une augmentation de salaire de 500 euros par mois au prochain CA. Cette idée viendrait de M.Vandendriessche, bon camarade et bon soldat, sûrement très fier de son directeur. Nous avons tellement d’argent à investir à l’aveugle dans le salaire du directeur, à quand la bourse donnée sur commande ?

 

L’IEP : une affaire qui marche bien et qui devrait investir pour ses étudiant.e.s

 

Ce Conseil d’Administration a aussi été celui où les comptes financiers annuels de l’IEP ont été étudiés. Nous avons donc découvert à l’aide de jolis tableaux et rapports que le solde budgétaire de l’IEP est largement excédentaire puisqu’il est de 296 000 euros. Cet argent est venu s’ajouter au fonds de roulement (c’est à dire la “réserve” d’argent de l’IEP qui lui permet d’investir majoritairement dans du matériel) avec l’excédent de l’année dernière. Ce fonds s’élève donc à 3,449 millions d’euros, et augmente ainsi de 22%. Cette réserve est donc particulièrement confortable et, en dehors du million qui sera dédié à  la bibliothèque, nous sommes en droit de nous demander ce qui est fait avec.

L’institution est clairement bien financée et a largement les moyens d’aider de façon plus enthousiaste les étudiant.e.s en difficulté (rappelons qu’un tiers seulement de l’argent alloué à la Commission d’Aides Sociales a été dépensé l’année dernière et que le reste… revient dans le fonds de roulement déjà bien rempli).

Nous pourrions aussi imaginer que cet argent serve à changer le mode de fonctionnement de la cafétéria : en réduire les prix et ne pas déléguer ses services à un entrepreneur privé ne semble pas une priorité pour la direction, mais elle l’est pour les étudiant.e.s qui sont contraint.e.s de payer un panini 4,90€. Ces prix clairement prohibitifs semblent imaginer toustes les étudiant.e.s de Sciences Po comme des grand.e.s bourgeois.e.s. A partir du moment où aller au Carrefour d’à côté est moins cher et plus nourrissant que la cafétéria de l’école, il est temps de se poser des questions. Mais nous aurons de toute façon le temps de nous poser ces questions, puisqu’il a été révélé lors de ce CA que le contrat avec l’entreprise de la cafétéria a été signé pour 5 ans. Faites quelques réserves d’argent car les pâtes à 5 euros sont là pour rester.

Il y a néanmoins un point positif dans ces investissements puisque nous pouvons nous réjouir du recrutement de M. Delfolie, venu de Sciences Po Paris, pour s’occuper des problèmes en matière psychologique, sociale ou de handicap chez les étudiant.e.s. C’est un pas fait vers le bon chemin, reste à voir si M. Delfolie sera correctement doté en ressources financières et matérielles pour mettre à bien son travail et que les missions qui lui seront confiées soient en adéquation avec les besoins des étudiant.e.s de l’école.

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