Commission des Aides Sociales de l’IEP : un nouveau fonctionnement très problématique


La Commission Aides Sociales réformée

La « Commission Aides Sociales » de l’IEP (présidée par M. Mathiot, composée d’élus étudiants et enseignants) attribue des aides ponctuelles aux étudiant-e-s qui en font la demande : en les remboursant d’une partie de leurs frais d’inscription et / ou en leur attribuant une aide supplémentaire, notamment afin de faire face à une situation particulière. Jusque là, le déroulement était le suivant : M. Mathiot et M. Degroote présentaient le contenu du dossier (de façon anonyme) et le montant demandé. S’ensuivait alors une discussion / négociation sur le montant à allouer en fonction des nécessités de l’étudiant-e en question. (N’oubliez pas de faire des demandes si vous en avez besoin !).

La direction a décidé de rationaliser tout ça en imposant de nouveaux critères et une nouvelle manière de faire. Pourquoi pas. Mais le résultat n’est pas du tout au rendez-vous. Car si on ne peut savoir si ces changements ont impliqué une réelle différence dans les montants alloués aux étudiant-e-s, ces évolutions nous paraissent finalement catastrophiques voire graves sur leur principe. Explication.

Déjà, les élu-e-s étudiant-e-s ont été mis devant le fait accompli et n’étaient pas au courant de ces évolutions de fonctionnement, ce qui les a pris de court. L’autre fait important est que le montant de l’enveloppe annuel n’a pas été donné : or comment pouvons-nous répartir des montants dont on ne connaît pas l’ordre de grandeur ? Enfin, la communication de l’IEP sur la tenue de la CAS a été bien moins complète que la fois précédente.

Passons aux critères ! 

Points de chargeCliquer pour agrandir

Le principe de la part fixe est discutable. Le but est de permettre la prise en compte des moyens de la famille en fonctions desquels les frais d’inscription sont désormais payés (droits « modulés »). L’avantage est de ne pas demander de nouveau à l’étudiant de justifier de sa situation familiale. Le problème est qu’un étudiant non aidé par sa famille et qui doit payer de lui-même 3200 euros est doublement pénalisé : par les frais d’inscription qu’il doit payer et d’emblée devant la CAS puisqu’il part de 0 euro de part fixe…

 

Des points de charge déterminés très bizarrement….

Concernant la part de variable, elle est donc définie par des « points de charge ». Comment sont-ils calculés ? Voici la réponse :

Part variable

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Là il va y avoir de quoi sauter au plafond :

– Selon le tableau précédent, on peut obtenir jusqu’à 40 points de charge. Or ce tableau présente 5 catégories avec 3 points possibles à chaque fois. 5 x 3 = 15, non ? Heureusement, il y a cette sixième catégorie qui fait que la CAS peut ajouter un bonus en points ou directement en montant. C’est bizarre : pourquoi être aussi précis sur 5 critères et pouvoir ensuite ajouter 25 points de façon tout à fait aléatoire ? Du coup ça fait quelle différence avec le fonctionnement de la CAS précédente ? On attribue plus ou moins ce qu’on décide d’attribuer, en dehors de critères clairement établis, non ? En fait, ces nouveaux critères sont au mieux inutiles.

Mais ils sont aussi en défaveur des étudiant-e-s, comme cette petite mention « vote à l’unanimité ». Espérons que l’étudiant-e qui a vraiment besoin de 1000 euros supplémentaires ne tombera pas sur un-e seul-e élu-e particulièrement réactionnaire qui voudrait tout faire capoter…

 

Le reste laisse sans voix :

1- Le « nombre de pièces satisfaisantes » et 4- « le dossier complet » sont des critères pour décider du montant qu’on vous alloue ! Imaginez que lors de votre demande de bourse au CROUS, vous oubliez de joindre une feuille ; alors le CROUS, au lieu de vous la demander, vous dirait « ah ben du coup vous passez de l’échelon 5 à l’échelon 3, que vous fournissiez le reste ou non ». Avoir les bonnes pièces justificatives et un dossier complet est une nécessité et non un critère qui donne des points et vous permet donc d’obtenir plus ou moins d’argent ! (On pourrait tout simplement accorder un montant « sous condition d’avoir telle ou telle pièce justificative »).

 

3- La « cohérence du montant demandé » est également un critère pour attribuer des points de charge. Là encore, on marche sur la tête… Si un étudiant demande 2000 euros et qu’il en a besoin de 500, le seul fait d’avoir indiqué 2000 peut lui faire baisser le montant de son aide ?! Visiblement oui puisqu’il aurait moins de points de charge. Parlons-nous d’aides sociales ou d’une auto-évaluation de ses besoins ?

 

5- Le « profil méritant au niveau scolaire » est maintenant un critère officiel, certains élus étudiants peuvent s’en réjouir. En tout cas, ceux qui ont mis en place ce système n’ont pas été très méritants et n’ont pas bien lu leur Bourdieu de poche. Le mérite n’existe pas. Les résultats scolaires sont le reflet d’un milieu social et qui avantage les dominants. Certains étudiants sont également salariés et ont peu de temps pour leurs études et ont parfois de moins bons résultats : ce sont ceux-là même qui sont le plus dans le besoin aussi… Il s’agit plutôt d’un critère d’efforts, de « bonne volonté » ? L’argument moral ne tient pas non plus ; ce n’est pas parce qu’on ne s’investit pas suffisamment dans sa scolarité que l’on n’a pas le droit de manger et de se loger.

 

Le seul bon critère est d’étudier attentivement la situation sociale de l’étudiant et son besoin réel (2- « cohérence des motifs soulevés par l’étudiant » semble s’en approcher). Ce critère-là est visiblement devenu résiduel dans cette nouvelle grille qui est au mieux inutile, au pire presque dangereuse dans ses principes. Nous espérons, dans l’intérêt des étudiant-e-s, que la CAS ne continuera pas à fonctionner de cette manière-là.

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