P. Mathiot contre E. Macron : entre consentement et résistance


Suite à la baisse de 500.000 euros de la dotation publique à l’IEP de Lille, SUD Étudiant-e Lille dénonce un abandon progressif de l’enseignement supérieur par l’État, dont les financements sont largement minoritaires dans le budget de l’IEP, établissement pourtant public.

Mais nous dénonçons également l’accompagnement de cette logique par la direction de l’école qui, au lieu de s’opposer au désengagement de l’État, a presque triplé en 5 ans les recettes liées aux frais d’inscription. Ces recettes ont permis à l’IEP de constituer d’importantes réserves qui ont bien évidemment suscité la convoitise ministérielle.

 

L’austérité frappe une fois de plus l’enseignement supérieur et la recherche. Le gouvernement a, cette fois-ci, décidé de ne pas verser 100 millions d’euros de dotation (DGF) à 47 établissements publics sous couvert d’une opération de « solidarité ». Le montage financier est complexe : le Ministère ne peut prélever directement sur les fonds de roulement des établissements publics les plus fournis. Il va donc réduire la DGF des établissements et les autoriser exceptionnellement à prélever la somme correspondante sur leurs fonds de roulement. Cette somme leur permettra d’assumer des dépenses de fonctionnement, autorisation qu’il s’obstine habituellement à refuser, l’utilisation des fonds de roulement étant légalement restreinte aux dépenses d’ « investissement ».

Nous ne pouvons que déplorer une politique d’austérité qui aboutit au désengagement de l’État de l’enseignement supérieur et de la recherche, désengagement qui n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement et sur la qualité des conditions d’étude et de travail des étudiant-e-s et personnels. 

L’IEP de Lille verra ainsi sa dotation (DGF) diminuer de 500.000 euros cette année, soit une baisse de 37%. L’IEP est un établissement public dans lequel l’État ne contribuait déjà plus au budget qu’à hauteur de 26%. Ces faibles dotations ont des conséquences sur les personnels contractuels de l’IEP, dont les emplois sont financés grâce à la DGF du fait de la sous-dotation en emplois statutaires.

Mais ne nous méprenons pas ; l’État n’est pas le seul responsable. Depuis plusieurs années, la direction de l’IEP ne s’est pas réellement élevée contre le désengagement de l’État mais l’a bien au contraire accompagné. En effet, lorsque l’IEP a pris la décision de mettre en place puis d’augmenter les frais d’inscription (à deux reprises depuis 2010, ce qui représente désormais 2 340 193 euros en 2014, triplant presque les « recettes » liées en l’espace de 5 ans de 800.000 à 2,4 millions d’euros, et les faisant augmenter d’un million en un an), il a préparé et accompagné le retrait de l’État. Les frais d’inscriptions ont permis, lors des deux exercices budgétaires précédents, de dégager 700.000 euros d’excédent. Ces 700.000 euros, payés par les étudiant-e-s, ont été placés sur le fonds de roulement de l’IEP. Comment, alors que l’IEP parvient à fonctionner correctement et amasse sur sa réserve de l’argent grâce à ses étudiant-e-s, l’État ne peut-il pas être tenté de lui retirer une partie de ses dotations et l’obliger à utiliser cet argent ?

Conscient-e-s de ces conséquences, les deux élu-e-s SUD – Solidaires Étudiant-e-s ont ainsi été les seul-e-s à s’opposer stratégiquement au dernier versement sur le fonds de roulement lors du Conseil d’Administration du 17 mars 2015 (300 385 euros).

L’importance de notre fonds de roulement (4.053.000 euros), s’explique en effet, en partie, par le déménagement de notre établissement, qui doit avoir lieu à la fin de l’année 2016. Précisons néanmoins que le chiffrage de ce déménagement n’est toujours pas réalisé avec précision, l’évaluation du coût pour l’IEP étant en effet passée en un an de 1.7 à 2.7 millions d’euros suite au plan prévisionnel d’investissement, réalisé dans l’urgence pour convaincre le Ministère du bien-fondé de nos réserves.

 

Nous contestons donc les argumentations qui voudraient que l’IEP soit épargné de cette mesure en vertu du fait que nous serions plus « méritant-e-s » que les autres, parce que l’établissement aurait fait plus d’efforts budgétaires que les autres, notamment en faisant payer les étudiant-e-s. 

Ces argumentations s’inscrivent dans une logique de mise en concurrence des établissements d’enseignement supérieur. Elles légitiment le fait qu’il soit normal pour des étudiant-e-s de payer pour pouvoir étudier. Devraient être alors particulièrement punis les établissements qui n’auraient pas eu le bon sens de mettre à contribution leurs étudiant-e-s, et qui continueraient à dispenser un enseignement quasi-gratuit et ouvert à toutes et tous ? Nous ne le croyons pas. 

Nous considérons qu’il est du devoir de l’État de permettre, à tou-te-s celles et ceux qui veulent étudier, de le faire dans de bonnes conditions et de manière égale.

Nous revendiquons ainsi un enseignement gratuit, ouvert à toutes et tous, et émancipateur. 

 

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