[IEP] Conseil d’Administration du 12 octobre : élitisme & grandes écoles, cour des comptes et Darmanin


Le 12 octobre avait lieu le premier Conseil d’Administration (CA) de l’année, et le dernier pour les élu.e.s actuel.le.s avant les élections qui auront lieu le 30 novembre.
Benoît Lengaigne avait auparavant vu les élu.e.s étudiant.e.s pour leur présenter les enjeux de ce début d’année. Beaucoup de sigles : I-site ( le petit frère de l’IDEX qu’a gagné Lille, voir notre article : http://www.sudetudiantlille.org/2015/11/vous-aimez-la-competition-vous-avez-adore-le-crit-decouvrez-lidex/ ), RCE ( l’Etat verserait le salaire des enseignant.e.s directement à l’IEP), EPA ( Etablissements Publics Administratifs ; le statut des IEP), fusion avec l’ESJ ( Ecole Supérieure de Journalisme), fusion de l’université de Lille et statut de sciences po vis-à-vis de Lille 2 et de la future université de Lille. Voici les grands thèmes qu’on nous avait annoncés avant le CA.

Rappel du budget

Le CA démarre. Le directeur a souhaité rappeler quelques chiffres en ce début de CA, pour bien se mettre dans l’ambiance. Il faut donc rappeler que, sur un budget consolidé de 10 million d’euros, l’IEP est financé à 45% sur fonds propres et 55% viennent du financement de l’Etat (5,5 M d’euros : 4,2 de salaires de fonctionnaires et 1,3 de Dotation Générale de Fonctionnement). Cela veut donc dire que les étudiant.e.s financent quasiment la moitié du budget de l’école ; que ce soit les étudiant.e.s à l’IEP (2,2 millions d’euros) via les frais d’inscription, celles et ceux qui passent le concours mais dont une grande partie n’ira jamais dans un IEP via les frais de concours ou les travailleur.se.s qui se font payer une formation continue à 3000 euros la semaine. Puisqu’en effet, les 3 voies majoritaires de financement propre de l’IEP sont les frais d’inscription, les frais de concours et la formation continue. Par ailleurs, 2/3 des conférences de méthode sont assurées par des non-titulaires, ce qui veut dire que travailler à Sciences Po n’est absolument pas un gage de stabilité et de sécurité de l’emploi. 
Pendant que le directeur se lamente, nous pensons, nous, que ce financement insuffisant n’est pas une fatalité, et nous attendons chaque année que les directions des IEP s’unissent pour faire pression sur l’Etat au lieu de jouer les bons élèves du financement privé. Ou de thésauriser en accumulant les excédents des frais d’inscription ( effectués grâce au passage aux droits modulés) sur le fonds de réserve, ce qui a fait penser au Ministère que l’école était en bonne santé financière et de lui retirer encore 500 000 euros de dotations ( voir notre article : http://www.sudetudiantlille.org/2015/04/compte-rendu-du-conseil-dadministration-de-liep-du-17-mars-2015/ )

Autonomie : université de Lille 2, Collégium des grandes école, ESJ et RCE

Vous n’êtes peut-être pas sans le savoir mais les universités en France sont toutes en train de fusionner, c’est-à-dire de se rassembler pour devenir plus grosses et être compétitives à l’international (quelques notes sur les effets concrets : http://www.sudetudiantlille.org/2015/12/universite-de-lille-quelques-informations/ ). 
Comme le rappelle M. Lengaigne, cela est dû à la loi Fioraso de 2013 sur les groupements et la COMUE qui pousse les universités à se regrouper après leur avoir donné plus d’« autonomie » en 2007 avec la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités). Benoît Lengaigne semble se souvenir que l’IEP n’est pas le vase clos qu’il imagine et que les lois sur les universités nous impactent aussi ; nous sommes « rattrapés » par ces mesures rappelle-t-il.
Effectivement, le RCE qui avait été imposé par la loi d’« autonomie » de V. Pécresse en 2007 est maintenant à l’ordre du jour pour nous. Qu’est-ce que ça veut dire ? La « Responsabilités et Compétences Elargies » c’est le fait que l’Etat ne finance plus directement les fonctionnaires (les enseignant.e.s titulaires) mais délègue la paie des salaires à l’établissement directement. En plus d’être le signe d’un désengagement toujours plus fort de l’Etat, le RCE fait sauter quelque chose qui était jusque-là primordial : le fait que l’allocation des enseignant.e.s était corrélée avec le nombre d’heures enseignées. Cependant, le passage au RCE n’est pas automatique et ce CA a seulement décidé d’une orientation, ne « votant » pas sur le RCE. Même s’il semblerait que le RCE soit le prix à payer pour rester affilié.e.s à l’université.
 « On va se faire avaler par l’université »
Ce qui nous amène au second point, celui de l’autonomie vis-à-vis de Lille 2. L’IEP n’est pas directement impacté par la fusion, mais le passage à l’Université de Lille demande quand même des changements très importants puisque Sciences Po Lille est un EPA (Etablissement Public d’Administration), c’est-à-dire associé à l’université Lille 2. Mais à partir du 1er janvier 2018 nous serons associé.e.s à l’Université de Lille.
Au-delà de changements comme la personne de l’agent comptable ou l’utilisation de nouveaux logiciels, cela a permis au directeur de questionner notre affiliation avec Lille 2, pour nous rappeler que celui-ci souhaite bien maintenir le statut d’association tel qu’il est aujourd’hui, dans le but de conserver l’autonomie dont jouit déjà notre IEP.
Cette autonomie se traduit, par exemple, au niveau des diplômes que notre IEP  délivre :M. Lengaigne a ainsi beaucoup insisté sur le  « grade master » que délivre Sciences Po, se différenciant du « diplôme master » de l’université. Ce « grade master » permettrait de garder « l’image de marque » de notre IEP, si chère aux yeux de notre directeur. M. Lengaigne a en effet peur de « se faire avaler » par la faculté, appuyant son argument sur un référé de Mme Vallaud-Belkacem qui défend l’indépendance des IEP. Les membres du CA n’ont pas manqué de pointer du doigt les exemples catastrophiques, selon eux, des autres IEP beaucoup plus proches des facs (St Germain-en-Laye, Strasbourg…). 
L’IEP privilège donc une logique d’école sélective et l’éloignement de celle de l’enseignement public. Guidé.e.s par le commandant Lengaigne qui déclare que :« la meilleure défense c’est l’attaque », les élu.e.s-soldats préfèrent donc se battre aux côtés des grandes écoles et de son Collégium ( rassemblement des écoles publiques de Lille avec lesquelles Benoît Lengaigne souhaite créer des double-diplômes) dans la bataille contre l’ennemi public qu’est la fac. L’élitisme vaincra. 
Mais le plus intéressant est que cette « peur » de la fac vient en fait d’un avis de la Cour des Comptes du 23 décembre 2016, qui après avoir contrôlé 3 des 7 IEP de région et constaté une « qualité de gestion [qui] n’est pas à la hauteur de leurs ambitions », préconise l’abandon du statut d’EPA et explique que « l’intégration des IEP à statut d’EPA au sein des universités doit être privilégiée ». Même si nous partageons peu les logiques austéritaires de la Cour, cette annonce était pour nous l’occasion d’aller vers plus de liens avec l’université, soit une plus grande garantie d’aller vers d’un enseignement public, ouverte à tou.te.s et vers moins de corporatisme-élitisme. Et in fine que Sciences Po devienne une UFR de l’université Lille 2. Mais cette perspective a fait peur à la direction de cette école attachée à son indépendance et sa « marque », son image. 
Et c’est pendant ces discussions que Gérald Darmanin a fait son entrée. Elu en tant que personnalité extérieure en 2015 pour représenter la Région alors qu’il en était le vice-président mais aussi le maire de Tourcoing ( et député-maire précédemment), le pro des cumulards, aujourd’hui ministre des comptes publics, a décidé pour la première fois depuis 1 an et demi de venir siéger en CA. Pour nous annoncer que l’Etat baisserait sa dotation. Il se dit « étonné que dans les années qui viennent on ne laisse pas aux universités le choix de laisser les droits d’inscription évoluer » : moins de sous pour les universités, plus d’autonomie et une privatisation de l’enseignement public. On a de quoi s’inquiéter de la vision qu’a le Ministre qui autorise les dépenses de ce que doit être le service public. A cela s’ajoute les déclarations de Macron du 30 octobre annonçant de la sélection dès la L1 ( http://mobile.lemonde.fr/education/article/2017/10/30/entree-a-l-universite-ce-qui-va-changer-a-la-rentree-2018_5207688_1473685.html?xtref=http%3A%2F%2Fm.facebook.com)
I-Site et ESJ
 
Vous vous rappelez de l’IDEX ? Cette initiative d’excellence perdue 3 fois par Lille ? (lien explicatif au-dessus). Eh bien en fait on a gagné quelque chose d’autre à la place : l’I-Site. On ne sait pas encore ce que ça implique réellement, à part l’exigence d’excellence et la sélection encore plus accrue dans la recherche que nous présentons, mais ce qui est sûr c’est que l’I-Site requiert que Sciences Po fusionne avec l’ESJ.  Heureusement, le directeur est assez lucide pour se rendre compte du « problème légal car on a un établissement privé et un établissement public ». Bah oui, c’est bête hein. Peut-être que ce serait aussi bien qu’éthiquement les membres de cette école se rendent compte du problème au fait d’avoir des liens aussi étroits avec une école non seulement privée, mais qui se fait passer pour une association, profitant de la défiscalisation sur les frais d’inscription exorbitants de ses étudiant.e.s ( voir : http://www.sudetudiantlille.org/2015/04/universite-de-lille-une-ecole-privee-lesj-sen-mele/ ). 
Cela n’a pas empêché l’ensemble des membres, exceptées nos deux élues, de voter pour « le renforcement de ses relations avec l’ESJ ».  Sciences Po Lille demande également l’ouverture de la procédure permettant de bénéficier du RCE, avec 2 contre ( SUD) et 3 abstentions. 
 

Règlement des examens et formation continue

 
Lors du vote du règlement des examens, nous rappelons la promesse de mise en place d’un.e référent.e psychologique (demandée par l’ensemble des élu.e.s étudiant.e.s) et demandons quel est l’état actuel de cette décision. Apparemment cela avait été oublié, et n’empêche pas les membres du CA de voter pour le règlement des études pourtant intransigeant sur les absences en examen sans certificat médical (nous rappelons que les personnes neuro-atypiques ne peuvent pas aller tous les jours chez leur médecin demander un certificat et n’osent souvent pas en parler à l’administration par peur de la violence de sa réponse).
 
Concernant les trois formations continues : PUMAS ( gérer son échiquier syndical), Cycle des études culturelle et cycle Hautes Etudes Régionales, nous avons voté contre car nous pensons que des formations continues aussi onéreuses ( 4500 euros pour 130H / 4500 pour 160H et 3750 euros pour 35h ), pour seulement une quinzaine de personnes, données par le public participent de la marchandisation de l’enseignement puisque les entreprises donnent de l’argent à une école publique pour un service particulier. De plus ces formations s’adressent exclusivement aux cadres et ne permet pas la formation des employé.e.s plus précaires. (voir notre article : https://www.sudetudiantlille.org/2015/10/pierre-mathiot-nous-ne-sommes-pas-a-sciences-po-aix-pas-encore/) 
 
Pendant ce temps, Gerald Darmanin, qui n’était évidemment pas resté jusqu’au bout du CA, a été raccompagné à sa voiture par des étudiant.e.s qui l’ont interpelé sur la baisse des APLs et les futures baisses de dotation de l’Etat pour l’enseignement supérieur et la recherche. Pour le symbole. Histoire que ceux qui nous mettent des bâtons dans les roues ne s’en sortent pas impunément, et ne se sentent pas à leur aise dans un lieu où ils n’ont pas leur place. Parce que venir pour nous expliquer qu’il allait couper nos subventions, c’est un peu du foutage de gueule. 

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