Élection des personnalités extérieures : Un Conseil d’Administration immoral


 

Le 20 mars dernier se réunissait un Conseil d’administration spécial pour élire six personnalités extérieures à l’établissement et à l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en général. Plus qu’une élection, il s’agissait d’un plébiscite car on ne pouvait  voter que pour ou contre une personnalité sans possibilité d’en proposer une autre. Ces personnes sont nommées « intuitu personae » – comme l’a maintes fois répété Pierre Mathiot lors du CA – c’est à dire nommées en tant que personnes et non en tant que représentantes d’une quelconque institution. Si on peut alors se trouver dubitatif.ve devant le manque de renouvellement de la liste proposée par Pierre Mathiot, comprenant quatre des six personnalités déjà présentes auparavant, on l’est d’autant plus face au CV de ces dernières, et en particulier de deux d’entre-elles : un ministre cumulard, raciste et homophobe, mis en examen dans plusieurs affaires d’agression sexuelle, de viol et d’abus de faiblesse, et le banquier Eric Charpentier, directeur général du Crédit Mutuel Nord Europe, désigné pour présider le CA.

Pour plus d’infos sur les personnalités extérieures, vous pouvez consulter notre article : https://www.sudetudiantlille.org/2019/03/etre-membre-du-conseil-dadministration-de-sciences-po-lille-vaut-50-000-euros/

 

Les conditions adéquates étaient en place pour faire barrage à M. Darmanin

Nous attendions donc de ce CA les explications de ces choix, et nous osions espérer un minimum d’éthique ainsi qu’un vote négatif à l’encontre de Gérald Darmanin. En effet, sa personne suscitait un vif rejet de la part des étudiant.e.s, démontré par une pétition anti-Darmanin qui a récolté 1300 signatures et par une forte mobilisation dans l’IEP le jour où était censé se tenir originellement le conseil, le 14 février dernier.

En l’absence de Xavier Vandendriessche, le CA était présidé par Anne Bazin. Devant la forte opposition que suscitait l’éventuelle réélection de G. Darmanin, les membres du CA ont craint un blocage. Pierre Mathiot a alors tenté de dissuader toute opposition en signalant que si le compte financier n’était pas validé par le CA au complet, l’IEP serait placé sous tutelle du rectorat. A cet instant, nous pensions encore naïvement qu’à force de dialogue, une décision raisonnable pourrait être prise à propos d’un personnage aussi intolérant.

 

Mathiot, en tant que directeur de l’IEP, a choisi les personnalités composant la liste. Pour les modalités d’élections, contrairement à ce qui était d’usage habituellement, nous avons voté par personnalité et non sur liste entière (une pratique par ailleurs illégale). Ce qui constitue une amélioration ! Il y a 4 ans lors des élections des personnalités extérieures,  beaucoup justifiaient leur vote pour G. Darmanin sur une validation des autres personnalités proposées. Mercredi, plus aucune excuse à soutenir le ministre n’était justifiable.

 

La mauvaise foi de la direction au rendez-vous

Le directeur fait alors la preuve de son incroyable et aberrante hypocrisie. Il explique que, par « courtoisie républicaine », il a demandé à chaque personnalité extérieure sortante si elle souhaitait se représenter, sauf à… Louis Dreyfus, président sortant du CA. Certes, ce dernier faisait preuve d’un absentéisme problématique pour le fonctionnement du conseil, mais est-il un pire élément que Darmanin ? Si le directeur s’est permis de « virer » une personnalité extérieure absentéiste, pourquoi ne pouvait-il pas faire de même pour une personnalité homophobe et raciste, en plus d’être également un absentéiste notoire ? La position de pouvoir du ministre n’est sans doute pas indifférente à la docilité de M. Mathiot, fût-ce face à des valeurs qu’il prétend combattre. Néanmoins, ce manque de prise de risque face aux valeurs véhiculées par la haute administration publique nous semble pour le moins inquiétant.

 

L’immobilisme contre l’homophobie : quand jouer à la politique vous fait perdre vos valeurs

A l’exception de Agathe Doublet qui a remis son mandat en jeu, de Dreyfus, qui a été viré, et de Lallet qui a proposé son départ, mais auprès de qui Mathiot a insisté pour qu’il accepte un nouveau mandat; les trois autres personnalités extérieures ont souhaité rester membres. Hypocrisie suprême, le directeur insiste sur le fait qu’il aurait préféré que Darmanin ne se représente pas, mais ne voit pas de réticences majeures à faire face à sa réélection, tandis que la réélection de Patrick Kanner, ancien ministre socialiste, semble lui poser un réel cas de conscience !

 

Les membres du CA sont ensuite resté.e.s muet.te.s, visiblement gêné.e.s par nos interventions sur le malaise que ressentent les étudiant.e.s LGBT+ face à la présence dans la conseil d’administration de leur école d’un homme dont les positions homophobes sont connues de tou.te.s. Une position à laquelle P. Mathiot nous a laconiquement répondu que les mariages homosexuels étaient malgré cela célébrés à Tourcoing et que G. Darmanin ne faisait pas preuve d’une homophobie condamnable par la loi. L’homophobie est-elle donc acceptable pour notre directeur tant que l’homophobe en question ne tombe pas sous le coup de la loi ?

 

Racisme : des positions très inquiétantes

Les réponses à nos objections sur G. Darmanin concernant le racisme furent encore plus aberrantes. Quand nous avons demandé si les déclarations anti-Roms étaient pour les membres du CA acceptables, et, dès lors, à partir d’où commençait le racisme pour eux, Philippe Darriulat nous a répondu qu’il savait où commençait le racisme, et en sous-texte que celui-ci commence avec le Rassemblement National. Selon lui, un « ministre de la République » ne peut pas par nature être raciste ou homophobe, une posture irresponsable qui minimise les actes et les paroles du ministre de l’Action et des Comptes Publics. M. Mathiot a surenchéri en déclarant que dans ce cas le racisme anti-Roms ne relevait pas vraiment du racisme mais d’une stratégie électorale acceptable. Pourquoi M. Mathiot s’oppose-t-il donc au RN, si ce n’est par une posture intéressée et stratégique ? Considérer que le racisme est l’apanage d’un seul parti en France est grave et dangereux. Cela conduit, comme démontré ici, à la tolérance du racisme des autres à n’importe quel prix et invisibilise le racisme d’Etat et structurel.

Suite à la question d’un élu Avenir sur la possibilité de destituer un membre du CA, Mathiot tente de nous rassurer à travers une éventuelle demande de démission formulée par le CA, si un.e de ses membres venait à aller à l’encontre de la loi par exemple.

Devant les CVs des candidats, nous avions décidé de voter contre tou.te.s, mais les autres membres ne nous ont absolument pas suivis. Marie Deugnier a obtenu 20 votes pour et 2 contre, Eric Charpentier 18 votes pour et 2 contre, Alexandre Lallet 18 votes pour et 5 contre, Patrick Kanner et Audrey Linkenheld 16 votes pour et 5 contre, et Gérald Darmanin a également été réélu avec 13 votes pour et 11 contre.

Ce vote démontre d’une part l’opposition résolue d’une partie des membres du CA à Gérald Darmanin et à ce qu’il représente, mais montre surtout un grand manque de morale de la part d’une majorité des membres du CA, pour qui le racisme, l’homophobie, les accusations de viol ne sont pas à considérer lorsqu’ils concernent un « ministre de la République ».

 

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